LA PRESSE CANADIENNE/Justin Tang
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Une amitié forgée sur la glace mène Marc Kennedy et Ben Hebert au sommet du curling mondial

Ben Hebert a probablement brisé plus d’un balai au fil de sa longue et illustre carrière en curling. Marc Kennedy, lui, n’a sans doute jamais même envisagé d’en casser un.

Kennedy a toujours été la force tranquille sur la glace. Hebert, pour sa part, se décrit lui-même comme un psychopathe.

Et pourtant, ces deux Albertains ont bâti une profonde amitié qui leur a permis de devenir parmi les meilleurs joueurs de l’histoire à leurs positions respectives, une complicité qui s’est traduite par des médailles d’or olympiques et mondiales, ainsi qu’une impressionnante collection de titres au Championnat canadien de curling masculin.

« Oui, on a été chanceux d’avoir autant de succès ensemble, » explique Kennedy qui est originaire de St. Albert, en Alberta, où il habite toujours. « Ben et moi, tout part d’une base d’amitié.

« On se connaît depuis la fin de notre adolescence, le début de la vingtaine. On pourrait dire qu’on a grandi ensemble. Et avec le temps, on a vraiment appris à apprécier nos différences. »

Marc Kennedy et Ben Hebert balayent une pierre lancée par John Morris lors des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver 2010, en Colombie-Britannique, le vendredi 19 février 2010. (PHOTO PC) 2010 (HO-COC–Mike Ridewood)

Alors que le duo s’apprête à fouler la glace de Milano Cortina 2026 aux côtés du capitaine Brad Jacobs et du deuxième Brett Gallant, il vaut la peine de revenir sur un parcours exceptionnel qui les mènera assurément tous deux au Temple de la renommée du curling canadien.

Kennedy et Hebert ont d’abord uni leurs forces lors de la saison 2006-07 avec l’équipe de Kevin Martin, qui allait remporter l’or olympique à Vancouver 2010 sans subir la moindre défaite. Avec Hebert au poste de premier et Kennedy comme deuxième, l’équipe a gagné deux titres consécutifs au Brier en 2008 et 2009, en plus d’un championnat du monde en 2008.

Les deux coéquipiers ont ensuite rejoint Kevin Koe pendant quatre saisons. Ensemble, ils ont remporté le Brier et le championnat du monde en 2016, puis participé à PyeongChang 2018, où ils ont terminé au quatrième rang. Séparés pendant quatre saisons, Kennedy et Hebert se sont retrouvés au sein d’une nouvelle formation dirigée par Brendan Bottcher, avant que Jacobs ne prenne les rênes comme capitaine pour la saison 2024-2025.

« On n’a pas joué ensemble pendant quatre ans et c’est là que tu réalises à quel point tu apprécies l’amitié et ce que l’autre apporte à l’équipe. C’est vraiment spécial de l’avoir de retour et de pouvoir terminer nos carrières ensemble, confie Hebert qui est âgé de 43 ans. On a beaucoup changé : familles, équipes, coéquipiers, mais il y a une reconnaissance profonde de pouvoir jouer avec quelqu’un comme ça pendant toute ta carrière. Je suis vraiment chanceux. »

Hebert se rappelle que lors des conquêtes olympique et mondiale avec Martin, on croyait surtout que le succès reposait sur Martin et le troisième John Morris.

« À l’époque, je ne savais pas que ça allait être à cause de Marc, admet Hebert, qui a occupé le poste de premier toute sa carrière. Marc a démontré très tôt qu’il était une future superstar. En jouant deuxième, il a changé la façon de voir ce poste, ce que ça prenait pour être un bon deuxième. Tout le monde savait qu’il était en réalité un joueur de fond de jeu déguisé en deuxième.

Puis, quand l’occasion s’est présentée de jouer troisième, il l’a saisie. Il a participé aux Jeux olympiques, gagné des Briers à ce poste-là et il va passer à l’histoire comme l’un des meilleurs joueurs de curling de tous les temps. »

Marc Kennedy (à droite) et Ben Hebert (au centre) discutent avec John Morris lors des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver 2010, en Colombie-Britannique, le vendredi 19 février 2010. (PHOTO PC) 2010 (HO-COC–Mike Ridewood)

Malgré leurs personnalités très différentes, Kennedy et Hebert partagent beaucoup de points communs : deux hommes de famille, profondément attachés à leurs communautés respectives et toujours animés, après plus de vingt ans au plus haut niveau, par un désir féroce de gagner.

« Oui, je veux gagner, affirme Hebert. Je suis un gars bien correct en dehors de la glace, mais dès que j’embarque sur la patinoire, je deviens un psychopathe. Je veux vraiment gagner et c’est ce qui a fait mon succès pendant toute ma carrière. »

Kennedy abonde dans le même sens.

« Évidemment qu’on veut gagner. On adore le curling et on partage énormément de choses. On a aussi des différences de personnalité, d’attitude, et on apporte chacun quelque chose de différent à l’équipe. Ce qui nous a rendus si bons, c’est d’avoir compris qu’on est meilleurs ensemble que séparément. Les gens autour de nous deviennent meilleurs aussi. Ça crée une dynamique exceptionnelle, un vrai esprit d’équipe et de solides amitiés.

« Et ça a mené à énormément de succès. Honnêtement, je ne voudrais partir à la guerre avec personne d’autre que Ben. »

Équipe Canada arrive aux Jeux avec une formation extrêmement expérimentée : Jacobs, Kennedy et Hebert ont tous déjà remporté l’or olympique, tandis que Gallant a décroché le bronze à Beijing 2022 avec l’équipe de Brad Gushue.

La formation canadienne amorcera sa quête de l’or mercredi soir face à Marc Muskatewitz et l’Allemagne.