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D’anciens olympiens devenus leaders du sport célèbrent l’héritage des Jeux de Montréal 1976

Le Canada célèbre cette année le 50e anniversaire de la tenue de ses premiers Jeux olympiques. Comme tout anniversaire marquant, c’est l’occasion de prendre du recul et de mesurer pleinement l’héritage ainsi que les retombées des Jeux de Montréal 1976.

Deux figures respectées du Mouvement olympique, Tricia Smith et Thomas Bach, ont récemment posé ce regard rétrospectif. L’actuelle présidente du Comité olympique canadien et l’ancien président du Comité international olympique ont tous deux fait leurs débuts olympiques à Montréal avant de consacrer une grande partie de leur vie au sport, inspirés notamment par ce qu’ils ont vécu durant l’été 1976.

Pour chacun d’eux, ces Jeux occupent une place toute particulière, mais pour des raisons bien différentes.

« La cérémonie d’ouverture, dans mon pays », répond spontanément Tricia Smith avec enthousiasme lorsqu’on lui demande son souvenir le plus marquant. « J’ai toujours adoré les Jeux olympiques, et c’était un rêve pour moi de participer aux Jeux de Montréal, dans mon pays. »

Les athlètes canadiens font leur entrée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Montréal 1976. (PHOTO PC/COC/RW)

Au-delà de cette expérience, les Jeux avaient aussi une dimension très personnelle pour l’ancienne rameuse. Sa jeune sœur, Shannon, faisait également partie d’Équipe Canada et a remporté une médaille de bronze en natation, tandis que leur mère, Patricia, occupait le poste de chef de mission adjointe de la délégation canadienne.

« C’était vraiment une affaire de famille. Mais je dois dire que la cérémonie d’ouverture, devant les partisans canadiens, est un moment que je n’oublierai jamais. J’en ai encore des frissons. »

Membre de l’équipe masculine ouest-allemande de fleuret qui a remporté l’or olympique, Thomas Bach reconnaît que ce triomphe représente « le sommet de la carrière de tout athlète ».

« Bien sûr, je garde des souvenirs extraordinaires de ces Jeux de Montréal et de cette médaille d’or, qui a en quelque sorte changé le cours de ma vie. Je ne pense pas que je serais ici aujourd’hui sans cette médaille », affirme-t-il avec émotion.

Accueillir le monde, un investissement durable

Au fil des décennies, les Jeux de Montréal ont souvent été associés aux dépassements de coûts et à la dette liée à la construction des installations, une réputation qui ne reflète pas entièrement la réalité, selon Bach.

« Avec le recul, les gens peuvent se rendre compte qu’il ne s’agissait pas seulement de coûts ou de dettes, mais que le Canada avait réalisé un très bon investissement à l’époque », souligne-t-il. « Après les Jeux de Montréal, on peut constater cet héritage avec le Parc olympique, le Village olympique et le Stade olympique. »

Tricia Smith rappelle d’ailleurs que les sept sites construits spécialement pour les Jeux sont toujours utilisés aujourd’hui, tout comme la totalité des installations existantes de l’époque, à une seule exception près.

(De gauche à droite, à l’avant-plan) Les Canadiennes Betty Craig et Tricia Smith participent à l’épreuve du deux de pointe féminin en aviron aux Jeux olympiques de Montréal 1976. Le bassin olympique du parc Jean-Drapeau a été construit pour accueillir les compétitions d’aviron et de canoë-kayak et demeure aujourd’hui un héritage durable des Jeux. (PHOTO PC/COC)

« C’est quelque chose qui mérite d’être célébré, tout comme le soutien aux athlètes qui a véritablement pris son essor avant les Jeux de Montréal et qui se poursuit encore aujourd’hui. Je pense qu’il est important de se rappeler ce que nous pouvons accomplir lorsque nous unissons nos efforts. À l’époque, c’était tout simplement extraordinaire et cela a posé les bases des futurs Jeux olympiques. »

« Avec le recul, on obtient une perspective beaucoup plus neutre et historique sur le grand succès de ces Jeux », ajoute Bach. « Montréal et le Canada sont maintenant considérés comme des hôtes de choix pour les événements sportifs internationaux. Vous accueillerez les Championnats du monde de cyclisme sur route cette année, ainsi que de nombreux autres événements. Tout cela est possible grâce à ces Jeux, qui ont permis au Canada de s’imposer sur la scène des grands organisateurs d’événements sportifs. »

Le Parc olympique fera d’ailleurs partie du parcours menant aux Jeux de Los Angeles 2028 en accueillant la troisième étape des Olympic Qualifier Series. Pour Tricia Smith, le fait de présenter au Canada une série d’épreuves de qualification olympique est « extrêmement important ».

Elle évoque notamment un groupe de jeunes fondeurs de Canmore, en Alberta, qui ont eu la chance d’assister aux performances des meilleurs athlètes mondiaux sur leur propre parcours.

« On pouvait presque voir les idées apparaître au-dessus de la tête des enfants », raconte-t-elle. « C’est important que les jeunes puissent voir ces athlètes et nourrir leurs rêves. Une partie de cette inspiration vient du fait que les meilleurs sportifs du monde viennent compétitionner chez nous. Et nous savons que Montréal est capable d’organiser ce genre d’événement avec succès. »

Une époque mouvementée qui a transformé le Mouvement olympique

Les années 1970 ont été particulièrement difficiles pour le Mouvement olympique, profondément marqué par les tensions politiques et les conflits internationaux. Les Jeux de Montréal ont eu lieu seulement quatre ans après la prise d’otages et l’assassinat de onze membres de la délégation israélienne lors des Jeux de Munich 1972. Les mesures de sécurité étaient donc exceptionnellement importantes, bien au-delà de tout ce que Tricia Smith avait connu auparavant.

« À notre arrivée à l’aéroport, nous avons été conduits dans un autobus avec un militaire à l’arrière, armé d’une impressionnante arme à feu. Un hélicoptère nous escortait… et nous étions simplement l’équipe d’aviron! », se souvient-elle en riant. « C’était toute une expérience pour une première participation olympique. »

Pour Thomas Bach, un événement observé depuis la fenêtre de sa résidence au Village olympique de Montréal a profondément influencé le reste de sa carrière.

Il aperçoit alors de nombreux athlètes africains rassemblés sur la place centrale, en pleurs et visiblement bouleversés. Il apprend rapidement que 22 pays africains ont décidé de boycotter les Jeux pour protester contre la participation de la Nouvelle-Zélande, dont l’équipe nationale de rugby avait effectué une tournée en Afrique du Sud malgré le régime d’apartheid.

Sur cette photo d’archives prise le 20 juillet 1976, des mâts sans drapeau se dressent dans le Village olympique de Montréal. Des dizaines de pays, principalement africains, ont boycotté les Jeux olympiques de Montréal 1976 pour protester contre les liens sportifs de la Nouvelle-Zélande avec le régime d’apartheid sud-africain. (PHOTO AP/Archives)

« Imaginez que vous réalisez enfin votre rêve olympique, puis qu’on vous annonce que, pour des raisons politiques sur lesquelles vous n’avez aucun contrôle, vous devez quitter le Village olympique et rentrer chez vous. Votre rêve s’écroule. »

Quatre ans plus tard, Bach vit lui-même une situation semblable lorsque, représentant les athlètes ouest-allemands, il ne parvient pas à empêcher le boycott des Jeux de Moscou 1980 par son pays, un boycott qui prive également Tricia Smith et plus de 200 athlètes canadiens de leur participation olympique.

À la suite de cet épisode, on lui propose de passer du rôle d’athlète à celui d’administrateur au sein de son comité olympique national.

« Je ne voulais pas que les générations futures d’athlètes vivent ce que les athlètes africains ont vécu à Montréal, ni ce que nous avons vécu avec Moscou. Et vous voyez où cette histoire m’a mené : je suis ici aujourd’hui, un vieil homme, et ces événements m’émeuvent encore profondément. »

Des souvenirs gravés à jamais

Pour Thomas Bach, « la seule et véritable vedette de ces Jeux, hier comme aujourd’hui », demeure la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, devenue légendaire en obtenant la première note parfaite de 10 de l’histoire de la gymnastique olympique à seulement 14 ans.

À l’époque, toutefois, les athlètes avaient beaucoup moins facilement accès aux autres compétitions. Ni Bach ni Smith n’ont donc assisté en personne à cet exploit historique.

En fait, Smith ne s’est même pas rendue à la piscine pour voir sa sœur remporter une médaille olympique au 400 m libre.

La Canadienne Shannon Smith célèbre sa médaille de bronze remportée à l’épreuve du 400 m libre féminin en natation aux Jeux olympiques de Montréal 1976. (PHOTO PC/COC/Ted Grant)

Shannon Smith du Canada (droite) célèbre après avoir remporté une médaille de bronze en natation aux Jeux olympiques de Montréal de 1976. (Photo PC/AOC)

« J’ai regardé la course sur une toute petite télévision installé dans une pièce sans fenêtre du Village des athlètes. C’était extraordinaire, mais je n’ai même pas pensé à aller sur place. À cette époque, ce n’était tout simplement pas aussi accessible qu’aujourd’hui. »

Elle a néanmoins découvert un sport qu’elle n’avait jamais vu auparavant : le cyclisme sur piste.

« Nous étions tellement près de la piste que, lorsque le premier cycliste s’est immobilisé pour tenter de forcer son adversaire à prendre les devants, on pouvait voir leur cœur battre dans leur poitrine. […] C’était magique. C’était ma première expérience d’une épreuve olympique dans un autre sport, et je ne l’oublierai jamais. »