À travers les années, plusieurs athlètes canadiens ont eu droit à une réallocation de médaille olympique.

Quelques-unes parmi elles étaient dues à des disqualifications d’athlètes mieux classés alors que d’autres étaient le résultat de la réparation d’une erreur commise par les officiels.

Voici un aperçu de certains de ces scénarios :

Frank Lukeman – Stockholm 1912

Frank Lukeman lors d’une épreuve du décathlon aux Jeux olympiques de Stockholm 1912. (Photo: Comité international olympique)

Le plus grand athlète à participer aux Jeux de Stockholm était l’Américain Jim Thorpe, qui a remporté l’or au pentathlon et au décathlon de façon dominante. Mais en janvier 1913, un article de journal révélait que Thorpe avait joué au baseball dans une ligue mineure en 1909 et en 1910.

Dans une ère où l’amateurisme strict était imposé, l’Union athlétique amateur des États-Unis a déclaré que Thorpe était un professionnel, même si ce n’était pas dans le même sport que celui auquel il avait participé aux Jeux olympiques. Le CIO a poursuivi la démarche en lui retirant ses médailles. Dans le processus de redistribution des médailles, Frank Lukeman est devenu le médaillé de bronze au pentathlon. Mais la famille de Thorpe n’a pas arrêté ses efforts pour le réintégrer, trouvant même, un jour, une règle qui montrait qu’il n’aurait jamais dû être disqualifié.

Finalement, en 1982, Thorpe a recouvré son titre de champion olympique, mais le CIO a décidé de ne pas reprendre les médailles aux athlètes qui avaient eu droit à une réallocation. Cela signifie qu’il y a des co-champions olympiques aux épreuves de pentathlon et de décathlon de 1912, et que Frank Lukeman reste le premier médaillé olympique canadien dans une épreuve combinée d’athlétisme.

Debbi Wilkes et Guy Revell – Innsbruck 1964

Debbi Wilkes et Guy Revell montrent leur médaille à la caméra.

Debbi Wilkes et Guy Revell célèbrent leur médaille de l’épreuve en couple en patinage artistique aux Jeux olympiques d’Innsbruck 1964. (CP Photo/COC)

En 1964, Debbi Wilkes et Guy Revell ont remporté le bronze à l’épreuve de couple en patinage artistique aux Jeux olympiques ainsi qu’aux championnats du monde, avant de se retirer de la compétition. Wikes avait seulement 17 ans lorsqu’elle a pris sa retraite, à la fin de la saison.

Mais des semaines plus tard, il a été découvert que les médaillés d’argent à Innsbruck, les Allemands Marika Kilius et Hans-Jürgen Bäumler, avaient signé un contrat professionnel avant les Jeux, ce qui aurait dû les rendre non-éligibles à participer. En 1966, ils ont remis leurs médailles, qui ont conséquemment été offertes à Wikes et Revell.

Mais l’Union internationale de patinage n’a jamais modifié ses résultats et en 1987, les Allemands ont discrètement reçu des médailles d’argent. Ainsi, pendant de nombreuses années, il persistait l’étrange scénario où Wikes et Revell étaient en possession de médailles d’argent olympiques, mais étaient enregistrés comme médaillés de bronze. Ce n’est que 50 ans après les Jeux que les livres de résultats ont finalement montré que Wikes et Revell étaient co-médaillés d’argent avec Kilius et Bäumler.

Sylvie Fréchette – Barcelone 1992

Sylvie Fréchette sur le podium

Sylvie Fréchette du Canada célèbre après avoir remporté une médaille d’argent en nage synchronisée aux Jeux olympiques de Barcelone de 1992. En raison d’une erreur lors des Jeux, on accordera plus tard la médaille d’or à Sylvie Frechette. (PC Photo/AOC)

Sylvie Fréchette est allée à Barcelone en tant que championne du monde de nage synchronisée. Mais ses espoirs d’or olympique ont semblé s’être envolés lors de la ronde préliminaire lorsqu’une juge brésilienne lui donna un pointage de 8,7 pour l’une de ses figures obligatoires.

Cette marque est sortie du lot, car tous les autres juges lui ont octroyé un pointage entre 9,2 et 9,6. La juge a immédiatement tenté de changer son pointage pour le 9,7 qu’elle visait à donner, mais il était trop tard. Alors, peu importe à quel point Fréchette a bien nagé en finale, elle avait un trop grand retard derrière l’Américaine Kristen Babb-Sprague et a terminé avec la médaille d’argent.

Mais dans les mois qui ont suivi, un membre canadien du CIO, Dick Pound, a travaillé avec le CIO et la FINA pour corriger la situation. En décembre 1993, Fréchette a été sacrée co-championne olympique avec Babb-Sprague et a reçu sa médaille d’or lors d’une cérémonie au Forum de Montréal.

Beckie Scott – Salt Lake City 2002

Beckie Scott montre la médaille d’or qui lui a été octroyée lors d’une cérémonie à Vancouver, le 25 juin 2004. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Bolin

Beckie Scott a la rare particularité d’avoir été médaillée des trois couleurs à l’épreuve de poursuite en ski de fond à Salt Lake City. Elle a commencé par remporter la médaille de bronze, célébrant en plus son nouveau statut de première médaillée olympique canadienne (tous genres confondus) en ski de fond.

Il a ensuite été découvert que les deux Russes qui l’avaient devancée, Olga Danilova et Larissa Lazutina, avaient échoué à des tests de dopage en décembre 2001, ce qui aurait dû les rendre non-éligibles à participer aux Jeux.

En juin 2003, Lazutina s’est fait retirer sa médaille d’argent, qui a été transférée à Scott au mois d’octobre de la même année. Puis, en février 2004, Danilova a également été disqualifiée. En juin 2004, Scott a reçu la médaille d’or qui lui était due, ce qui en a fait la première championne olympique canadienne en ski de fond.

Jamie Sale et David Pelletier – Salt Lake City 2002

Les co-médaillés d’or du patinage artistique en couple, David Pelletier et Jamie Salé du Canada (à droite), et le couple russe Anton Sikharulidze et Elena Berezhnaya, montrent leurs médailles lors de la présentation des médailles le dimanche 17 février 2002 aux Jeux olympiques d’hiver de Salt Lake City. (Photo PC/COC – André Forget)

L’épreuve de patinage artistique en couple à Salt Lake City s’est transformée en bataille fort attendue entre Jamie Sale et David Pelletier et les Russes Elena Berezhnava et Anton Sikharulidze. L’équipe qui remporterait le programme libre remporterait la médaille d’or.

Alors, quand Sikharulidze a raté l’atterrissage de son double Axel et que les Canadiens ont offert une performance sans faute, la plupart des observateurs ont présumé que Sale et Pelletier seraient les gagnants, incluant Pelletier lui-même, qui a embrassé la glace en guise de célébration.

Mais 5 juges sur 4 ont donné l’or aux Russes, laissant les Canadiens avec l’argent. Peu de temps après, la juge française Marie-Reine Le Gougne a allégué avoir été mise sous pression pour favoriser Berezhnaya et Sikharulidze dans le contexte d’un échange pour aider l’équipe française de danse sur glace, plus tard pendant les Jeux.

L’Union internationale de patinage et le CIO ont pris connaissance de la situation et ont annoncé que Sale et Pelletier deviendraient cochampions olympiques avec les Russes, qui n’avaient rien fait de mal. Une seconde cérémonie de remise de médailles a eu lieu six jours après que l’événement se soit terminé.

Dylan Armstrong – Beijing 2008

Dylan Armstrong reçoit sa médaille de bronze de Beijing 2008, le 15 février 2015.

Dylan Armstrong est arrivé à Beijing en tant que champion en titre des Jeux panaméricains en lancer du poids masculin. Il a battu un record national à Beijing 2008, mais ses espoirs de médaille de bronze étaient tout juste hors de portée. Armstrong a terminé quatrième derrière le Biélorusse Andrei Mikhnevich par seulement un centimètre.

Ce n’est pas avant juillet 2013 qu’il fut découvert que Mikhnevich avait obtenu des résultats positifs à des tests de dopage aux Championnats du monde 2005 de l’IAAF. Le CIO et l’IAAF ont donc annulé tous les résultats de Mikhnevich jusqu’à août 2005.

Mikhnevich désormais privé de sa médaille olympique, Armstrong a reçu sa médaille de bronze de Beijing 2008. Plus de 6 ans après avoir raté le podium olympique, Armstrong est finalement devenu le premier médaillé olympique d’Équipe Canada dans une épreuve de lancer en presque un siècle. Il a reçu sa médaille dans sa ville natale, Kamloops, en Colombie-Britannique, en février 2015.

Christine Girard – Beijing 2008 et London 2012

Christine Girard lors de l’épreuve des 63 kg aux Jeux olympiques de Londres 2012, le 31 juillet 2012. (AP Photo/Hassan Ammar)

Christine Girard a grandement fait avancer l’haltérophilie féminine au Canada. À Beijing 2008, Girard terminé quatrième, ratant le podium de seulement trois kilos. Quatre ans plus tard, elle est revenue de Londres 2012 avec une médaille de bronze.

Ce n’est que depuis les dernières années que de nombreuses disqualifications en raison de dopage ont résulté en réallocations de médailles, ayant un impact direct sur Girard. Les nouvelles les plus importantes concernaient l’épreuve des 63 kg à Londres 2012. De nouveaux tests faits en 2016 ont démontré que la médaille d’or, Maya Maneza, du Kazakhstan, a obtenu des résultats positifs à des tests de stéroïdes anabolisants. Un mois plus tard, la médaillée d’argent de la même épreuve, Svetlana Tsarukaeva, de la Russie, a également obtenu des résultats positifs à un test pour un stéroïde différent. Peu après, la médaillée d’argent chez les 63 kg de Beijing, Irina Nekrassova, du Kazakhstan, a aussi été disqualifiée pour usage d’une substance interdite.

Le CIO a retiré toutes ces médailles aux médaillés et, du même coup, Girard a vu sa médaille de bronze de Londres être remplacée par l’or et a fait un bond jusqu’au bronze de Beijing. Elle est devenue une double médaillée olympique et la première championne olympique canadienne en haltérophilie.