Service, réception, complicité : l’amitié qui a mené deux joueuses des Maritimes aux Jeux olympiques de la jeunesse
Alors que Natalia Casas et Julia McDougall étaient assises sur le sable chaud de la plage de Saly, après leur élimination en huitièmes de finale des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026, elles partageaient un autre moment qui venait renforcer une amitié déjà bien établie.
Pourtant, le duo de volleyball de plage, qui partage le terrain, les séances d’entraînement et même une poignée de main bien spéciale, n’a pas toujours été aussi inséparable.
« Nous avons fréquenté la même école primaire, mais nous ne nous connaissions pas vraiment à l’époque, a raconté McDougall. Puis, nous avons commencé à jouer au volleyball et nous nous sommes dit : “Ah, je te connais!” »
Comme c’est souvent le cas à Halifax, les deux joueuses ont commencé leur parcours au volleyball à l’intérieur et ont rapidement développé une belle complicité. Après leur saison des moins de 13 ans, un entraîneur a proposé à Casas, McDougall et quelques autres athlètes de se joindre à un petit club de volleyball de plage pour l’été. Avec quelques partenaires potentielles parmi lesquelles choisir, elles ont dû prendre une décision.
« Je pense que nous voulions toutes les deux jouer ensemble, mais nous ne nous sommes pas posé la question tout de suite », a expliqué McDougall, avant que Casas ne poursuive.
« C’était comme une entente silencieuse. C’était un peu comme si nous allions simplement jouer ensemble sur la plage », a-t-elle raconté.
« Nous aimions tellement jouer ensemble à l’intérieur et nous étions devenues très proches dès notre première saison en club. Alors, nous nous sommes dit : “Allons-y, jouons ensemble” », a ajouté McDougall. Et, comme sur le sable, sa partenaire a eu le dernier mot.
« Et le reste appartient à l’histoire », a conclu Casas avec le sourire.

Soleil, sable et amitié
Cette histoire est peut-être encore récente, mais le parcours des deux joueuses a été riche en rebondissements.
« Lors de notre premier été ensemble, nous avons participé à tous les tournois locaux. À l’époque, il y avait environ quatre équipes par tournoi, alors nous affrontions toujours les mêmes adversaires », a expliqué Casas.
« L’été suivant, nous avons décidé de prendre les choses plus au sérieux. Nous nous sommes donc entraînées environ cinq fois par semaine en vue des championnats nationaux. »
Elles ont réussi à se qualifier, mais abordaient la compétition avec peu d’attentes, sachant que des équipes redoutables les attendaient, notamment celles de la Colombie-Britannique et de l’Ontario.
« Nous sommes arrivées sans attentes, mais nous avons continué à gagner. Nous nous sommes rendues en demi-finale, où nous avons malheureusement subi une défaite, mais nous avons vraiment eu du plaisir, a raconté Casas. Cette expérience nous a permis de découvrir tout ce qui existe dans le monde du volleyball et les possibilités qui s’offraient à nous si nous décidions de poursuivre dans ce sport. »
Ce parcours a également permis aux deux joueuses, qui n’étaient auparavant que de simples connaissances à l’école, d’atteindre des sommets inattendus.
« Je vois Natalia plus souvent que presque n’importe qui d’autre, a confié McDougall. Pourtant, nous ne nous disputons jamais et nous ne nous chicanons pratiquement jamais. C’est tellement agréable de vivre cette expérience et de la partager avec quelqu’un d’aussi proche. »
« Comme nous sommes les meilleures amies sur le terrain comme à l’extérieur, peu importe ce qui arrive. Nous ne finirons pas par nous détester à la fin d’un match. Si l’une de nous commet une erreur, ce n’est pas grave. Il suffit de ne pas se mettre de pression et d’avoir du plaisir », a ajouté Casas.
Cette philosophie, combinée à un immense talent, a rapidement permis au duo de connaître du succès.
Sur les conseils d’un entraîneur, Casas et McDougall ont participé aux sélections canadiennes des moins de 18 ans en avril. Elles ont amorcé la compétition au dernier rang, mais l’ont finalement remportée, obtenant ainsi leur première occasion de représenter le Canada sur la scène internationale au tournoi de qualification NORCECA des moins de 18 ans, en République dominicaine.
Elles y ont décroché la médaille d’argent, ce qui leur a permis de se qualifier pour les Championnats du monde des moins de 18 ans de 2026, à La Haye, aux Pays-Bas.

« Après ces expériences internationales, nous nous sommes dit : “D’accord, essayons d’en faire le plus possible”, parce que nous avions tellement aimé notre expérience. C’était vraiment incroyable », a expliqué McDougall.
« Puis, nous avons appris que les championnats nationaux de cette année serviraient de tournoi de qualification pour les Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar… Nous nous sommes donc entraînées tout l’été et nous avons finalement remporté les championnats nationaux. C’est ainsi que nous avons obtenu notre place. »
Mais comment deux jeunes filles des Maritimes, habituées aux vents parfois glaciaux de la région, se sont-elles préparées à décrocher leur billet pour le premier événement olympique organisé en Afrique?
Elles ont fait preuve de créativité.
Le duo mise sur des entraînements à l’intérieur, des séjours dans des destinations ensoleillées comme la Floride pour retrouver ses repères sur le sable et, lorsque rien d’autre ne fonctionne, sur une approche bien canadienne.
« Comme pour n’importe quoi, il faut s’acclimater et s’adapter », a expliqué Casas, précisant qu’elles avaient poursuivi leurs entraînements à l’extérieur jusqu’à la mi-octobre, avant leur départ pour Dakar. « C’était vraiment agréable jusqu’aux trois dernières séances environ. C’est là que les chaussettes et les mitaines ont commencé à faire leur apparition. »
Casas et McDougall reconnaissent que la scène du volleyball de plage en Nouvelle-Écosse n’est pas particulièrement développée, mais elles estiment que cet environnement a contribué à leur progression.
« Je pense que nous avons un petit avantage à évoluer dans une province moins peuplée, parce que nous sommes un peu comme de gros poissons dans un petit étang. Nous avons accès à d’excellents entraîneurs, nous bénéficions de beaucoup d’attention et nos entraînements sont très ciblés », a expliqué McDougall.
Et ce petit étang prend de l’ampleur, offrant déjà aux deux joueuses l’occasion de boucler la boucle. Alors que de plus en plus de volleyeurs et volleyeuses de volleyball intérieur s’intéressent au volleyball de plage, Casas et McDougall sont maintenant entraîneuses au sein de ScotiaBeach Volleyball, l’un des programmes les mieux établis de la province.
Des modèles inspirants
Maintenant qu’elles contribuent à faire grandir les rêves de jeunes athlètes en volleyball, les deux joueuses s’inspirent du parcours des médaillées d’argent olympiques Melissa Humana-Paredes et Brandie Wilkerson.
« Mel et Brandie sont des modèles extraordinaires pour nous. Non seulement elles sont évidemment exceptionnelles et forment l’une des meilleures équipes au monde, mais leur façon de se comporter est tout simplement remarquable », a souligné McDougall.
« Elles sourient sur le terrain, ce qu’on ne voit pas très souvent, surtout à un niveau aussi élevé. C’est vraiment inspirant de les regarder jouer, parce qu’elles représentent si bien le Canada. »

À Dakar, Casas et McDougall suivent les traces de Humana-Paredes et Wilkerson sur le plan sportif, mais elles s’inspirent également de leur attitude à l’extérieur du terrain.
Parlant couramment français, elles ont pris le temps de discuter avec d’autres athlètes et des bénévoles, d’échanger des épinglettes et de prendre des photos avec les partisans.
« Nous vivons une expérience formidable et nous voulons pouvoir la partager avec les autres. Lorsqu’ils pensent au Canada, nous voulons qu’ils pensent à des gens sympathiques et heureux », a expliqué Casas.
Le duo a remporté ses trois matchs du tour préliminaire sans subir la défaite, notamment grâce à une victoire contre les demi-finalistes des derniers Championnats du monde en provenance de la Chine, pour ainsi obtenir son billet pour les huitièmes de finale.
La veille de leur match à élimination directe, Casas et McDougall étaient conscientes du défi qui les attendait, mais elles tenaient à ne pas se laisser gagner par la nervosité.

« Nous essayons de ne pas nous mettre autant de pression. Lors du tour préliminaire, tout comme avant notre match contre la Chine, nous n’avions aucune attente de victoire. Ce n’est pas vraiment notre objectif. Nous voulons simplement nous concentrer sur notre jeu et donner le meilleur de nous-mêmes », a expliqué Casas.
« Je pense que lorsqu’on se met de la pression pour obtenir un résultat précis, on finit par perdre un peu de vue le volleyball. Nous ne contrôlons pas vraiment le résultat, mais nous contrôlons ce que nous faisons sur le terrain. »
Le lendemain, les deux joueuses ont tout donné sous une chaleur accablante, mais se sont finalement inclinées en deux manches face à la Grèce. Malgré un retard pendant la majeure partie du match, elles n’ont jamais baissé les bras. À l’image de leurs idoles, elles ont conservé un léger sourire et se sont encouragées après chaque point perdu. Leur entraîneur, Craig Marshall, a même réussi à leur arracher un rire lorsqu’il a lancé depuis les lignes de côté : « C’est ça, le volleyball de Halifax! »
Après la rencontre, alors qu’elles étaient assises sur le sable chaud, Marshall a pris le temps de discuter avec les deux joueuses pendant que les vagues venaient doucement s’échouer sur la plage de Saly. Toujours vêtues de leur équipement, elles se sont ensuite aventurées dans l’eau et, comme elles l’ont toujours fait sur les terrains intérieurs, les plages et partout ailleurs, Casas et McDougall ont partagé ce moment côte à côte, laissant les vagues emporter leur déception.
Nkele Martin est un journaliste canadien qui couvre les Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026 dans le cadre du Programme des jeunes reporters du CIO.



