Les leçons apprises aux Jeux olympiques de la jeunesse renforcent toujours la quête de podium de Félix Dolci
Félix Dolci s’est retrouvé au cœur d’un phénomène viral lors de ses débuts olympiques à Paris 2024.
Malheureusement, ce n’était pas exactement le type de vidéo de lui qu’il espérait voir diffusée aux quatre coins du monde.
Dolci était sur le point de réussir un enchaînement parfait à la barre fixe lors de la finale individuelle du concours général masculin. Ses mouvements de lâcher les plus difficiles avaient été exécutés avec succès. Et puis, l’un de ses maniques a brisé. Il a alors été projeté de manière incontrôlable vers le tapis en contrebas.
Tous les espoirs d’une place sur le podium s’envolaient. Mais alors qu’il se préparait à remonter sur la barre, il s’est souvenu de quelque chose qu’il s’était dit six ans plus tôt, assis dans un autobus à Buenos Aires :
« Je ne peux rien changer à ce qui vient de se passer. C’est derrière moi. Mais cette performance ne doit pas définir qui je suis ni ce dont je suis capable de réaliser en tant que gymnaste et individu. »
En 2018, Dolci était un jeune athlète de 16 ans qu’il décrit aujourd’hui comme un «rêveur inexpérimenté, ambitieux et passionné». Pour la première fois de sa carrière, il faisait partie d’Équipe Canada et participait aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ).
Ce fut un «moment déclencheur» qui allait contribuer à ce qu’il voulait accomplir dans le sport.

Dolci est rentré de ces JOJ avec une médaille d’argent remportée aux anneaux lors des finales par appareil. Mais il s’est toujours targué d’être un gymnaste complet, capable de concourir à un haut niveau sur les six appareils de gymnastique artistique. Il était donc loin d’être satisfait de l’ensemble de ses performances qui lui ont valu la neuvième position au classement général.
Seul dans l’autobus qui le ramenait au village des athlètes, il est resté sur un sentiment «doux-amer». Il venait de participer au plus grand évènement de sa vie, mais n’avait pas répondu à ses attentes personnelles. De cette expérience est née une «leçon très, très importante» qu’il a conservée tout au long de sa carrière.
« Je veux montrer ce dont je suis réellement capable. Je crois que ça m’a vraiment permis de rassembler les éléments qui définissaient la personne que j’étais à ce moment précis, de tout mettre en place et de me préparer pour le prochain combat. »
Le tremplin
Dolci nourrissait des aspirations olympiques depuis son plus jeune âge. L’opportunité de participer à Buenos Aires 2018 l’a rendu à la fois «enthousiaste et nerveux».
« C’était le plus grand pas possible vers cet objectif parce que c’était les Jeux olympiques de la jeunesse. C’est comme si j’y étais presque. Il y a juste un mot de plus à la fin », a-t-il raconté avec émotion.
« Son premier choc face à la réalité des Jeux » est survenu à son arrivée dans l’immense village des athlètes avec des mesures de sécurité digne d’un aéroport. Il s’est ensuite retrouvé à concourir devant des milliers de spectateurs.

« La première fois que je suis arrivé pour la ronde de qualification, en voyant autant de personnes regarder la gymnastique, je me suis dit : “c’est génial”, “c’est fantastique”. Et cela m’a en quelque sorte mis le feu aux poudres pour un offrir un beau spectacle et au bout du compte réaliser une bonne performance. »
Dolci avait le public derrière lui. Il se souvient d’acclamations rivalisant avec celles réservées aux gymnastes argentins. Il lui a même été difficile de simplement rejoindre ses parents dans les tribunes tellement les supporters s’enchaînaient pour prendre une photo avec lui.
Tout cela a contribué à faire de son expérience aux JOJ « un rêve du début à la fin, littéralement comme un conte de fées ».
C’est aussi à ce moment qu’il a réalisé que son rêve olympique n’était pas impossible.
« De savoir que j’ai ma place ici et que j’en suis capable a vraiment été une révélation dans une certaine mesure », a-t-il déclaré, ajoutant que cette prise de conscience a eu un impact positif sur ses entraînements et compétitions par la suite.
Une prise de conscience qui l’a également mieux préparé pour le moment qu’il attendait, soit de participer au plus grand évènement sportif de la planète et devenir olympien à Paris 2024.

« Je sais ce que c’est sentir de se sentir dépassé par les évènements. Je sais ce que c’est de concourir sous la pression. Et j’ai l’Impression d’avoir mérité ma place aux Jeux olympiques dès l’âge de 16 ans. Alors maintenant que j’y suis [à 22 ans], je ne ressentais pas un poids énorme sur mes épaules comme si je devais me prouver que je méritais d’être là », a confié Dolci.
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« Je pense que plusieurs athlètes qui prennent part aux Jeux olympiques pour la première fois ont un sentiment d’imposteur. On poursuit ce rêve toute sa vie et on y arrive finalement. Est-ce vraiment moi ? C’est un rêve tellement grand qu’on se demande si on a vraiment notre place ici. Alors le fait d’avoir fait ces réalisations lorsque j’étais au JOJ a définitivement changé la donne. »
Leçons en action
Tout le monde apprend dès l’enfance qu’il y a des bonnes et des mauvaises journées. C’est ainsi que la vie fonctionne.
C’est aussi la réalité à laquelle les gymnastes sont confrontés à l’entraînement, malgré leur désir de perfection.
« Tu te présentes à l’entraînement et tu échoues la plupart du temps », a dit Dolci à propos du train-train quotidien.
« Mais quand on vit cette expérience de manière aussi concrète aux Jeux olympiques devant 30 000 personnes et le reste du monde, c’est une tout autre histoire. »
Alors qu’il était allongé sur le tapis sous la barre fixe à Paris 2024, l’une des premières pensées de Dolci sur l’un de ses meilleurs appareils a été de savoir comment cette chute affecterait son classement au concours général. Sa pensée suivante était de terminer ce qu’il avait commencé.
« À ce moment-là, j’ai compris que c’était plus grand que la performance. C’était plus grand qu’une médaille, qu’un pointage ou qu’un titre. Il s’agissait de passer à l’action. De montrer qui je suis. Et donc pour moi, il fallait repousser mes limites au-delà de la douleur, des blessures et tout ce qui était en train de se passer pour montrer que je suis toujours debout. Que je continue d’avancer pour mon pays et pour mes proches qui m’encouragent à la maison. C’était la chose la plus importante pour moi à ce moment-là. »
Il a revisité cette leçon à nouveau cet été aux Jeux du Commonwealth 2026.
Dolci abordait la compétition en tant que grand favori pour la médaille d’or au concours général. Lorsqu’il est tombé deux fois du cheval d’arçons et n’a obtenu qu’une note de 9,50 à cet appareil, la situation lui a semblé «totalement inimaginable». Il lui restait encore quatre appareils à passer, mais il occupait alors la 17e position.
« À ce moment précis, qu’est-ce que vous pouvez faire ? La seule chose qui me restait à faire était de réagir et agir en conséquence », a-t-il expliqué.
« Je pense que tomber à Paris et aux Jeux du Commonwealth, ça revient à se dire que ce n’est pas terminé et de se demander quelle est la suite. Qu’est-ce que tu as encore à donner ? Qu’est-ce qu’il te reste dans le réservoir ? Montre moi ce que tu vaux. Je pense que c’est précisément dans des moments d’adversité qu’on voit la valeur d’un athlète. Les gens attendent de voir si tu vas craquer ou si tu vas trouver un moyen de t’en sortir. »
Dolci a bel et bien réussi à se sortir de ce faux pas, obtenant la meilleure note à chacun des appareils restants pour décrocher la médaille d’argent.
C’était l’une des six médailles qu’il a remportées à Glasgow. Même avec une telle récolte qui incluait quatre médailles d’or, il en veut toujours plus.

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« Je souhaite repousser mes limites en gymnastique et offrir de meilleures performances. Je veux réaliser des manœuvres plus difficiles et améliorer mon exécution. Les Championnats du monde approchent et les Jeux olympiques arrivent très, très, très, très vite, a-t-il lancé. Je veux être parmi les meilleurs et me démarquer sur la scène internationale pour que ceux qui ont connu beaucoup de succès sachent que je peux être un sérieux prétendant, autant par mes performances que mes notes. »
Objectifs futurs
La prochaine occasion pour Dolci de se mesurer à l’élite mondiale sera dans le cadre des Championnats du monde de gymnastique artistique 2026 qui se dérouleront du 17 au 25 octobre à Rotterdam, aux Pays-Bas.
Il a des objectifs personnels en tête tant dans les épreuves individuelles que l’épreuve masculine par équipes qui comptera également les olympiens René Cournoyer, William Émard et Samuel Zakutney ainsi que le nouveau venu Jordan Carroll.
Pour l’équipe, maintenir sa place de top 8 à Paris 2024 serait formidable.
« Mais plus encore, je veux qu’on vise une place parmi les cinq meilleures équipes. Est-ce ambitieux? Absolument. Est-ce possible? Absolument. »
Et pour ce qui est de lui ?
« J’ai besoin d’être parmi les trois meilleurs aux Championnats du monde. Si je ne deviens pas champion du monde, on l’acceptera sans problème. Mais je veux me qualifier pour une finale et monter sur un podium le plus rapidement possible. Ce serait pour moi le meilleur indicateur que c’est possible. Ce serait mon moment de réalisation des Jeux olympiques de la jeunesse, mais cette fois-ci en vue de Los Angeles 2028. Si je peux remporter une médaille aux Championnats du monde, je me dirai que j’ai peut-être ma chance et que je suis dans la course. »
Une semaine après les Championnats du monde, il encouragera de loin la prochaine génération d’athlètes d’Équipe Canada qui prendront part aux Jeux olympiques de la jeunesse 2026 à Dakar, au Sénégal.
Pour eux, il envoie ce message :
« Préparez-vous, car c’est le début d’un très beau chapitre. Profitez-en pleinement. C’était définitivement l’un des plus beaux moments de ma vie jusqu’à présent. »






