Mikaël Kingsbury écrit une autre page de l’histoire du ski de bosses
Mikaël Kingsbury pensait à ce moment depuis de nombreuses années : le jour où il aurait la chance de gagner deux médailles à une même édition des Jeux olympiques.
À l’épreuve individuelle de bosses plus tôt à ces Jeux, la médaille d’argent avait fait de lui le premier skieur acrobatique à remporter une médaille dans la même épreuve à quatre Jeux olympiques.
Cette fois, le « roi des bosses » avait l’occasion de remporter le tout premier titre d’une épreuve qui faisait son entrée au programme olympique, les bosses en parallèle.
Le scénario était parfait. Le beau temps était au rendez-vous, le ciel bleu, les conditions de ski rapides.
Kingsbury a amorcé la journée avec tout le calme et la concentration qui sont devenus sa marque de commerce au fil des années.
« Je n’ai pas du tout perdu le sommeil la nuit dernière. J’ai dormi comme un bébé. J’avais surtout hâte. »
L’expérimenté athlète de 33 ans a aisément franchi les seizièmes et huitièmes de finale. Son opposant en quart de finale, le Sud-Coréen Jung Daeyoon, n’a pas été en mesure de compléter sa descente. Puis en demi-finale, le Japonais Takuya Shimakawa a connu des difficultés dans les virages, concédant ainsi une victoire facile au Canadien.
« Plusieurs de mes adversaires semblent avoir eu de la difficulté à gérer la pression lorsqu’ils étaient contre moi. Peut-être que c’est une question de prestance ou simplement mes années d’expérience. Ils savent que je vais me rendre jusqu’en bas du parcours, que je ne vais pas abandonner et que je suis rapide. Surtout au départ, je pousse très fort, donc s’ils veulent me battre, ils doivent pousser encore plus fort. Mon plan était clair : partir vite, réussir un bon Cork 1080, bien me positionner et absorber rapidement dès l’atterrissage. »

Le plan semble avoir fonctionné à merveille et permis à Kingsbury d’établir ses repères au fil des descentes.
« À chaque ronde je me sentais meilleur. Je me suis concentré uniquement sur mon ski. Les conditions étaient très rapides, ce n’était pas facile, mais la journée était magnifique. »
Une fois qualifié en vue de la finale pour la médaille d’or, il savait alors son objectif tout près : « J’ai fait confiance aux années de travail. Je me sentais exactement là où je voulais être. »
Oui, il était exactement là où il avait rêvé d’être depuis qu’il savait que cette épreuve allait être au programme à Milano Cortina 2026. Et à ses côtés en haut de la piste se trouvait l’homme qu’il avait sans doute imaginé affronter lors de cette première finale olympique de bosses en parallèle, son éternel rival, le Japonais Ikuma Horishima.
« Quand j’ai su que ce serait lui [Ikuma Horishima] mon adversaire en finale, je me suis senti encore plus motivé. Remporter la médaille d’or contre lui rend cette victoire encore plus spéciale. Il est le meilleur skieur de bosses au monde en ce moment. C’est le scénario de rêve : gagner contre le meilleur. Je suis vraiment content d’avoir été en mesure de le faire. »
Il faut dire que l’épreuve opposant deux skieurs en même temps dans une descente fait appel à l’instinct de compétiteurs pour lequel est reconnu Kingsbury.
« J’aime autant les duels que les épreuves individuelles. Aux bosses individuelles, on affronte surtout la piste. On suit son propre rythme et on tente des manoeuvres plus grosses. Je suis plus calme, plus centré. Les duels sont vraiment le fun. C’est un type d’adrénaline différent. Je deviens presque une autre personne : on est face à quelqu’un, on veut gagner, c’est une vraie course. Le départ est un moment clé : il faut un synchronisme parfait. J’ai travaillé mon temps de réaction ce matin et hier avec mon préparateur mental au gymnase. Nous avons recréé le mouvement avec une bande élastique, et mes yeux étaient parfaitement synchronisés avec l’ouverture du portillon. »
« Je connais bien mes adversaires et leurs forces, alors j’ai essayé d’utiliser toute mon expérience en duels : partir le plus vite possible et mettre de la pression », a expliqué Kingsbury avec dans la voix toute la passion pour son sport qu’on lui connaît.
En finale, le suspense n’aura pas duré longtemps. Médaillé de bronze de l’épreuve individuelle de bosses, Horishima a été déstabilisé en milieu de parcours et n’a pas pris le deuxième saut. Le Canadien a donc pu célébrer avant la délibération des juges.

« Je voulais vraiment être le premier champion olympique de bosses en parallèle de l’histoire. C’était vraiment spécial. Je savais que c’était ma dernière performance olympique. Je voulais juste tout donner et n’avoir aucun regret », a raconté le médaillé d’or.
Avec ce deuxième titre de champion olympique en carrière, Mikaël Kingsbury obtient sa cinquième médaille olympique. À la médaille d’argent remportée plus tôt à ces Jeux à l’épreuve individuelle de bosses s’ajoutent les médailles d’argent remportées à Sotchi 2014 et Beijing 2022, ainsi que la médaille d’or de PyeongChang 2018.
Cette médaille d’or est également la première remportée par Équipe Canada à Milano Cortina 2026.
Le porte-drapeau de la cérémonie d’ouverture avait mentionné en entrevue jeudi avoir à l’œil le tableau des médailles auquel Équipe Canada n’affichait alors toujours aucune médaille d’or. Il souhaitait de tout cœur qu’une ou un de ses coéquipiers du Canada parvienne à se hisser sur la plus haute marche du podium. Finalement, le sort aura voulu que ce soit lui, quelques jours plus tard, qui mette la main sur la première médaille d’or du pays à ces Jeux.
Kingsbury l’a mentionné à plusieurs reprises, skier devant son fils aux Jeux olympiques était pour lui un rêve. Les circonstances ont fait qu’il partage le podium du jour avec deux autres papas. Kingsbury, Horishima et l’Australien Matt Graham ont profité de l’occasion pour prendre une photo souvenir en compagnie de leur enfant et conjointe.

En entrevue d’après-course, il est revenu sur le fait qu’il s’agissait de sa dernière descente olympique. Avec humilité, il a affirmé avoir fait « son petit bonhomme de chemin » et être prêt à passer à autre chose.
Dans les faits, Mikaël Kingsbury laissera une empreinte sur son sport qui inspirera des athlètes pour les décennies à venir. Certaines de ses statistiques, entre autres ses 100 victoires en Coupe du monde, sont des records qui semblent impossibles à égaler.
La médaille d’or d’aujourd’hui s’ajoute à un palmarès débordant d’exploits. Kingsbury a profité de sa dernière descente olympique pour écrire une autre page de sa légende.



