Olympique.ca fait part d’idées sur la forme que pourrait prendre les sports olympiques en vue des Jeux à venir. Nous appelons cette série : Les Jeux du futur.

Le cricket, qui est possiblement le deuxième sport le plus populaire au monde, a fait sa seule et unique apparition olympique aux Jeux de la IIe Olympiade (Paris 1900).

Depuis, ce sport s’est développé considérablement. On trouve des compétitions de cricket de haut niveau sur cinq continents, une réalité dont très peu de sports peuvent se vanter avec grande conviction; le compte des milliards de partisans à l’échelle mondiale, grâce à la contribution importante de la démocratie la plus peuplée du monde, l’Inde, et son attrait commercial est assorti de plusieurs milliards de dollars en droits et commandites avec divers clubs et au niveau international.

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Avec ces statistiques impressionnantes, on est en droit de se demander si le cricket sera un jour de retour aux Jeux olympiques.

« En bref, la réponse est non », explique le chroniqueur de cricket Rick Eyre dans un échange de courriels depuis l’Australie.

M. Eyre, ancien rédacteur en chef et producteur de Cricinfo – le site Web des fanatiques de cricket qui est maintenant sous l’égide d’ESPN –, croit qu’il n’y a pas de consensus réel au sein de l’élite du cricket à savoir si les rêves olympiques de nombreux partisans deviendront un jour réalité.

James Taylor, de l’Angleterre, frappe un coup de crochet sur un tir de l’équipe australienne pendant la Coupe du monde de cricket de 2015.

« L’obstacle principal est l’attitude de l’organisme directeur du sport », précise M. Eyre. La responsabilité du sport relève du Conseil international de cricket (ICC), qui présente actuellement la Coupe du monde quadriennale de cricket qui a lieu en Australie et en Nouvelle-Zélande en 2015.

« [Le ICC] ne s’est jamais montré très intéressé à faire inclure le cricket au programme des Jeux olympiques. Je crois que ses principales raisons sont de nature commerciale. L’organisme ne veut pas perdre du temps dans le calendrier international pour une épreuve olympique sur laquelle il n’aurait pas le plein contrôle et pour laquelle il ne recevrait qu’une faible part des revenus. »

Ce type de raisonnement peut sembler familier pour les personnes qui suivent les négociations en cours entre la Ligue nationale de hockey (LNH) et le Comité international olympique (CIO) au sujet de la participation des joueurs de la LNH aux Jeux olympiques d’hiver. Toutefois, le hockey sur glace a la possibilité de gagner de nouveaux partisans et des revenus dans les pays à l’extérieur de sa petite, mais riche zone d’influence – Amérique du Nord et Europe du Nord – tandis que le ICC sait que le cricket suscite déjà un intérêt aux quatre coins du globe.

Le Jamaïcain Chris Gayle, qui représente le collectif des Indes occidentales sur la scène internationale, salue la foule après être devenu le 24 février 2015 le premier homme à marquer 200 points dans un match de la Coupe du monde de cricket.

Après la Coupe du monde de la FIFA et les Jeux olympiques d’été, la Coupe du monde de cricket est le troisième événement sportif mondial d’envergure et sa radiodiffusion atteint quelque 2,5 milliards de personnes. Sa popularité est telle qu’elle permet aux câblodistributeurs canadiens de demander 180 $ pour le forfait de diffusion du tournoi. En moyenne, de 350 millions à 500 millions de personnes regardent la grande finale du tournoi. Même en utilisant des chiffres conservateurs, on estime que le nombre de téléspectateurs est trois fois plus élevé que celui des fanatiques du Super Bowl de la NFL.

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Même si le cricket a un bon nombre de partisans dans les Amériques grâce aux pays des Indes occidentales, dans les Caraïbes (qui formaient autrefois une superpuissance du cricket), le sport n’a toujours pas captivé l’attention des gens du pays le plus riche au monde, les États-Unis, ou ceux du sud de l’Amérique latine. Cependant, puisque le baseball est très populaire sur le continent américain, le ICC pourrait avoir concédé la bataille et centré ses efforts sur le reste de la planète.

Les partisans de l’équipe indienne, que l’on voit ici à un match de la Coupe du monde de cricket de 2015 à Melbourne (Australie), représentent une source de revenus importante pour le cricket.

Les autres obstacles à la présence du cricket aux Jeux olympiques sont plutôt des problèmes de logistique.

« La nécessité d’avoir un terrain de cricket circulaire avec des surfaces sur gazon spécialement préparées représenterait une dépense considérable pour tout pays hôte qui ne participe pas déjà à des événements internationaux de cricket », explique M. Eyre. « En outre, la taille des équipes (11 joueurs par équipe en plus des remplaçants) imposerait d’immenses contraintes aux organisateurs des Jeux, qui tentent de limiter le nombre de participants à 10 000 athlètes par édition des Jeux olympiques. »

Un partisan de l’Afrique du Sud brandit un immense drapeau au Melbourne Cricket Ground, un stade de 100 000 places en Australie, pendant la Coupe du monde de cricket de 2015.

Même si le manque d’intérêt du ICC et la tentative de limiter le nombre de participants aux Jeux olympiques sont des problèmes importants, il pourrait y avoir une lueur d’espoir pour la présence du cricket aux Jeux olympiques grâce aux politiques d’égalité.

« Les organismes de cricket féminin de par le monde semblent presque unanimes dans leur souhait de faire du cricket un sport olympique », écrit dans son courriel M. Eyre, qui travaille également avec des groupes humanitaires. « Une plus grande visibilité, des tournois plus fréquents et l’occasion de renforcer l’égalité des sexes » sont les raisons qui poussent ces organismes féminins à vouloir participer aux Jeux olympiques, poursuit M. Eyre. Étant donné l’immense popularité du cricket dans de nombreux pays où l’égalité des sexes est loin d’être un acquis, un tournoi féminin aux Jeux olympiques pourrait envoyer un message très positif.

Des joueuses de l’équipe féminine de cricket de l’Afrique du Sud célèbrent après avoir éliminé une de leurs adversaires pendant un match de T20 contre l’Angleterre. Les matchs de 20 séries par manche (T20) sont une version beaucoup plus courte des matchs de cricket traditionnels. Les organismes de cricket féminin voient d’un œil positif l’inclusion de leur sport aux Jeux olympiques.

De plus, ajoute M. Eyre, « les plus petits pays amateurs de cricket souhaitent que le sport fasse partie des Jeux olympiques, car cela permettrait aux associations nationales de cricket d’obtenir un meilleur financement et du soutien de la part des organismes olympiques nationaux et du gouvernement. »

Le ICC est composé de 106 membres, mais seuls 10 organismes nationaux en sont membres à part entière, y compris l’Angleterre, l’Australie et tout particulièrement l’Inde– grâce à son excellente Indian Premier League (une compétition nationale à ne pas manquer) – qui ont beaucoup d’influence sur le sport. Pour que le cricket devienne un sport olympique, il faudrait réussi à convaincre ces géants d’y participer.

Il est évident que d’inclure le cricket au programme des Jeux olympiques d’été ferait augmenter encore davantage leur popularité, mais les millions de partisans qui en rêvent devront malheureusement continuer à attendre pendant une durée indéterminée.