Au moment où j’ai été nommée Chef de Mission d’Équipe Canada pour Tokyo 2020, je croyais sincèrement que mon plus grand défi serait de trouver un bon cri de ralliement.

(Je crois d’ailleurs en avoir trouvé un!)

Ces athlètes de haut niveau n’ont pas besoin d’une motivatrice. Je sais qu’ils sont motivés, mais parfois, quand on est aussi concentré sur son travail, il est bon de se faire rappeler qu’on a choisi le travail que l’on fait.

J’ai commencé à envoyer des courriels aux athlètes, aux entraîneurs et au personnel de soutien d’Équipe Canada en octobre dernier. À l’époque, l’objectif était simplement d’entrer en contact avec les athlètes, d’offrir un aperçu de la préparation olympique et de donner à chacun le sentiment de faire partie d’une grande équipe. Qui aurait cru que faire partie d’une équipe encore PLUS GRANDE — plus de 37 millions de personnes — deviendrait notre réalité?

Citation : J'ai appris beaucoup plus en faisant face au chaos et au changement qu'à n'importe quel autre moment. »

Pendant cette pandémie, mon message a dû se métamorphoser et je puise maintenant dans une branche différente de mon passé relié à la compétition. Ma carrière d’aviron a été marquée autant par le chaos et le changement que par le succès. Je suis fière de mes résultats les plus marquants. Même s’il est exact de me présenter comme une triple championne olympique et comme une gagnante de 12 médailles aux championnats du monde et aux Jeux olympiques, cela simplifie trop mon parcours.

En tant qu’athlète, l’équipement que j’ai utilisé est passé d’un niveau technique standard à un niveau archaïque. J’ai participé à une finale olympique le lendemain de l’explosion tragique d’une bombe dans le Parc olympique Centennial d’Atlanta.

J’ai déjà pris une année de congé et j’ai dû travailler d’arrache-pied pour revenir en force. C’est comme si j’avais sauté en bas d’un tapis roulant à pleine vitesse pour ensuite devoir faire du rattrapage. Ce n’est certainement pas la même chose que de se faire dire de rester à la maison, mais même s’il n’est pas facile de retrouver la forme après une année d’absence, c’est faisable.

Après avoir retrouvé ma vitesse de classe mondiale, je me suis entraînée pendant trois années supplémentaires. Puis, 23 jours avant mes derniers Jeux olympiques, j’ai vu ma dernière chance s’envoler en fumée à la suite d’une blessure au dos.

Marnie McBean reprend son souffle dans son embarcation après une course.

(CP PHOTO/Frank Gunn)

C’est peut-être un cliché, mais c’est vrai : j’ai appris beaucoup plus en faisant face au chaos et au changement qu’à n’importe quel autre moment et maintenant, au lieu de parler de préparation olympique, je parle de rester concentré quand le plan que vous aviez tombe à l’eau.

Depuis février, je partage des idées pour gérer les frustrations qui découlent de l’absence d’entraînement et de compétition par rapport à l’importance de rester à la maison alors que nous aplanissons la courbe du nombre d’infections de la COVID-19. Je sais que ce ne sont pas seulement les athlètes olympiques qui ont dû mettre leurs objectifs en veilleuse. Nous avons tous des projets et des ambitions. C’est tellement frustrant. Il y a aussi un effet domino à cela. Le fait de décaler nos objectifs de 2020 complique nos objectifs de 2021 et au-delà.

À LIRE : Conseil d’une championne olympique : acceptez vos peurs, un texte de Marnie

Quand j’ai été nommée chef de mission l’an dernier, j’ai partagé une partie de mon point de vue sur le site Olympique.ca. Dans ce message, j’écrivais : « La présence de la peur ne nous rend pas faibles ; elle nous montre que nous avons accordé une grande valeur à notre objectif et que nous nous en soucions. Je veux que nous soyons à l’aise de nous en soucier davantage, et non moins. Capables de faire plus, pas moins. » Je ne parlais pas de notre gestion de la pandémie de coronavirus à l’époque, mais ces phrases semblent tout de même s’appliquer aujourd’hui. Les choses ont changé et le changement est souvent effrayant.

Citation : « Votre destination est peut-être la même, mais le chemin pour y parvenir sera différent. »

Alors que nous attendons avec impatience le retour à la vie (et au sport), deux questions nous viennent à l’esprit :

1) À quel moment la vie va-t-elle revenir à la normale ?

Pour notre propre protection, tout a changé : notre façon de travailler, de vivre, d’interagir, de faire des achats et de voyager. Nous avons aplani la courbe et, dans de nombreuses provinces, le taux d’infection est en baisse, voire en recul, mais je ne pense pas que la vie normale que nous connaissions revienne un jour. À l’avenir, les choses vont être différentes. Nous allons aborder différemment un grand nombre de nos activités quotidiennes. Et c’est bien correct ainsi.

Dans le cadre d’une vidéoconférence, l’astronaute Chris Hadfield a parlé à l’équipe canadienne de la gestion de l’incertitude. Dans le cadre de sa présentation, il a parlé de laisser tomber nos anciens plans et d’élaborer un nouveau plan qui s’adapte à cette nouvelle situation. Dans ce « nouveau plan », nous devrions avoir une nouvelle liste de tâches, des éléments faciles et difficiles que nous pouvons cocher. En nous rappelant constamment ces cases cochées — je l’appelle notre liste des tâches COMPLÉTÉES —, nous nous donnons un élan positif.

2) Comment vais-je me rendre là où je veux aller ?

J’ai déjà dit dans le passé que d’avoir un rêve, c’est plutôt facile. Il s’agit de l’image que vous avez de la chose que vous voulez. Le convertir en un objectif est plus difficile, mais il est aussi simple que d’envisager un chemin qui comble le fossé entre l’image que vous avez de vous en ce moment et votre objectif. C’est votre cheminement vers votre objectif, votre plan. Quand vous avez commencé, c’était simple et naïf. Vous aviez peut-être trois ou quatre images reliées entre elles, puis des dizaines et ensuite, des centaines. Vous avez toutefois agi selon votre plan, vous avez comblé l’écart… et puis le coronavirus est arrivé.

« Changer ou être changé. » C’est ce que le président du CIO, Thomas Bach a dit en se référant à l’origine à l’Agenda olympique 2020 qui vise à ce que le CIO soit ouvert à de nouveaux sports et à de nouvelles façons de présenter, de communiquer et de partager le Mouvement olympique et l’Olympisme. Pour moi, « Changer ou être changé » me semble être une devise olympique aussi juste que « Plus vite, plus haut, plus fort ».

Votre destination est peut-être la même, mais le chemin pour y parvenir sera différent. Ne vous contentez pas d’accepter les changements. Commencez plutôt à les anticiper.

Vous serez surpris par la résilience dont vous disposez pour y parvenir. Ne vous inquiétez pas de vos inquiétudes. Concentrez-vous sur la journée en cours. Envisagez votre nouveau chemin. Gardez les choses simples au début, remplissez-le au fur et à mesure que les choses avancent et prenez votre envol.

Vous trouverez la lumière au bout du tunnel seulement si vous entrez dans le tunnel et que vous commencez à avancer.

Marnie McBean est quadruple médaillée olympique en aviron. Trois de ces médailles sont d’or, le plus grand nombre jamais gagné par un-e Canadien-ne aux Jeux d’été. Elle les a remportées à Barcelone 1992 et à Atlanta 1996 avec sa partenaire Kathleen Heddle. McBean mènera Équipe Canada à Tokyo 2020 en tant que Chef de Mission.