COC/LA PRESS CANADIENNE
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Souvenirs de Montréal 1976: les porte-drapeaux du Canada reviennent sur les historiques Jeux olympiques à domicile

Montréal 1976 a offert une occasion qu’aucun athlète canadien n’avait eue auparavant : celle de participer à des Jeux olympiques à domicile.

C’est précisément pour cette raison qu’Abby Hoffman, finaliste du 800 m féminin à Mexico 1968 et à Munich 1972, a choisi de viser une quatrième participation olympique plutôt que de prendre sa retraite.

À l’approche des Jeux, elle s’était fait connaître comme porte-parole des athlètes, réclamant notamment de meilleures conditions d’entraînement, davantage de financement ainsi qu’un meilleur soutien technique, un meilleur encadrement et un meilleur accès aux compétitions pour ses compatriotes canadiens.

« J’étais une critique très franche. J’étais la représentante des athlètes dans mon sport, l’athlétisme, mais je travaillais aussi activement à mobiliser des gens dans d’autres sports. Nous avons connu beaucoup de succès en suscitant une importante couverture médiatique critique à l’égard de la préparation de l’équipe canadienne », a-t-elle expliqué.

Il n’est donc pas surprenant qu’elle ait trouvé cela « ironique et complètement inattendu » lorsqu’on lui a demandé d’être la porte-drapeau du Canada lors de la cérémonie d’ouverture.

Abby Hoffman dressed in red jacket and white pants carries the Canadian flag
Abby Hoffman porte le drapeau canadien lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Montréal 1976. (PC/COC/RW)

« C’était un honneur pour moi d’être la première femme à occuper ce rôle [aux Jeux d’été] au sein de l’équipe canadienne, mais j’y ai surtout vu une forme de reconnaissance du fait que les enjeux dont je parlais, tout comme d’autres athlètes avant les Jeux, étaient légitimes et qu’il fallait apporter des améliorations », a déclaré Hoffman.

Lorsque le jour de la cérémonie est arrivé, Hoffman affirme qu’elle était « très enthousiaste », même si elle ne se considère habituellement pas comme une personne particulièrement sentimentale ou émotive.

« Comme le Canada était le pays hôte, nous avons évidemment été la dernière délégation à entrer dans le stade. Au moment où l’équipe canadienne a fait son entrée, il y avait un bruit incroyable, de la musique et une ambiance de fête lors de cette magnifique journée.

« Je me souviens m’être dit — et peut-être même l’avoir fait physiquement — que j’ai légèrement levé le poing, simplement pour reconnaître le fait que, malgré tout le pessimisme entourant la préparation de Montréal et les doutes quant à la tenue même de ces Jeux, nous étions là, lors de cette journée spectaculaire, et l’équipe canadienne entrait dans le stade sous les acclamations d’une foule manifestement enthousiaste.

« C’était un moment extraordinaire dont on pouvait simplement profiter. Je m’en souviens encore très clairement aujourd’hui, près de 50 ans plus tard. »

Après avoir mis un terme à sa carrière sportive, Hoffman a continué d’ouvrir la voie en devenant la première femme à occuper le poste de directrice générale de Sport Canada et la première femme élue au comité exécutif de l’Association olympique canadienne. Forte de cette expérience, elle constate à quel point les choses ont évolué positivement au cours du dernier demi-siècle.

Athletes in red march ahead of athletes in white on a track
Les athlètes canadiens font leur entrée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Montréal 1976. (PC/COC/RW)

« Si vous regardez l’équipe canadienne entrer dans le stade pour la cérémonie d’ouverture et que vous voyez l’équipe féminine à l’avant de la délégation canadienne, puis l’équipe masculine, les proportions sont d’environ un pour quatre. C’est incroyable qu’en 1976, il ait été acceptable d’avoir si peu d’épreuves pour les femmes », a-t-elle déclaré, soulignant qu’en athlétisme à l’époque, les femmes ne couraient pas de distances supérieures à 1500 m et ne disposaient que de 14 épreuves, contre 23 pour les hommes.

« Dans de nombreux sports, les gens ont dû gruger, gruger et militer de façon très ferme pour en arriver à la situation actuelle. »

Le saut de Joy

À l’avant-dernier jour des Jeux, les athlètes canadiens avaient remporté 10 médailles, mais aucune encore en athlétisme, le sport le plus important au programme.

Le sauteur en hauteur Greg Joy était arrivé à Montréal avec l’objectif de décrocher l’or. Mais une journée pluvieuse allait compliquer la tâche, malgré le fait qu’il s’était préparé en arrosant la surface de son site d’entraînement à El Paso, au Texas.

Greg Joy du Canada, médaillé d’argent au saut en hauteur, sourit lors des Jeux olympiques de Montréal 1976. (PC/COC/RW)

« À 2,18 m, j’en étais à ma troisième tentative et je me suis rendu compte que j’avais des pointes trop courtes, qui glissaient sur la piste mouillée. J’ai changé pour des pointes plus longues et j’ai réussi mon saut à ma troisième tentative, sinon j’étais éliminé », se souvient Joy.

Les partisans canadiens ont fait preuve de courage, restant assis malgré le mauvais temps pour soutenir Joy sans relâche.

« Quand je me suis élancé, surtout pour mon saut de médaille, l’endroit était complètement silencieux. On aurait pu entendre une mouche voler. Et dès que j’ai franchi la barre, le stade a explosé », a-t-il raconté, qualifiant le moment de « vraiment spécial ».

Pour tenter de franchir 2,23 m, ce qui lui aurait assuré la médaille d’argent, Joy a de nouveau dû réussir à sa troisième et dernière tentative à cette hauteur. Alors que plusieurs auraient pu céder sous la pression, Joy affirme ne pas l’avoir ressentie comme écrasante, étant habitué à ce genre de situation, et s’était simplement dit : « Je peux le faire. »

En retombant sur le tapis avec la barre toujours en place, il a décrit un sentiment d’« euphorie » à l’idée d’avoir atteint le podium olympique, une première pour un sauteur en hauteur canadien depuis 1932.

Greg Joy du Canada remporte la médaille d’argent au saut en hauteur lors des Jeux olympiques de Montréal 1976. (PC/COC/RW)

Pour un pays qui n’avait remporté aucune médaille d’or à ses Jeux à domicile, l’argent de Joy, décroché à l’avant-dernier jour, en a rapidement fait un héros national — une prise de conscience qu’il a eu assez vite.

« Le lendemain, on m’a choisi pour porter le drapeau à la cérémonie de clôture et j’ai commencé à marcher avec tous les porte-drapeaux dans la rue, et les gens se sont mis à crier mon nom. C’était fou. Et quand je suis entré dans le stade avec le drapeau, l’endroit a complètement explosé. »

Mais ce n’était pas la fin de sa période de célébrité.

« Le lendemain, je suis monté dans l’avion, j’étais assis à mon siège et l’agent de bord est venu me voir. Il m’a dit : “Le pilote veut te voir”, et je me disais : “Qu’est-ce que j’ai fait?” Et il m’a fait asseoir dans le cockpit avec lui tout le vol jusqu’à Vancouver — chose qu’on ne pourrait jamais faire aujourd’hui — et je me disais : “Ce n’est pas normal.” »

Les Canadiens d’un certain âge se souviendront sans doute d’avoir vu le moment de la médaille de Joy à la télévision, matin et soir, durant les années 1980, en conclusion d’un montage « Ô Canada » que la CBC diffusait lors de l’ouverture et de la fermeture de ses émissions chaque jour. Même ceux qui n’étaient pas encore nés lorsqu’il est devenu un héros national le reconnaissaient comme tel.

« C’était vraiment, vraiment spécial », a déclaré Joy. « Les gens venaient me voir et me disaient : “Je t’ai vu à la télé hier soir…” Un des gars que j’interviewais m’a même dit : “Je te voyais avant de regarder les dessins animés le matin.” C’était à la télévision, au cinéma. C’était très excitant. »