Le pouvoir de demander de l’aide : des athlètes s’ouvrent sur la santé mentale et leurs systèmes de soutien
Pour les athlètes comme pour les non-athlètes, la santé mentale et la santé physique vont de pair. Les mêmes pressions qui influencent la performance d’un athlète, comme le stress, les attentes, la fatigue et le doute de soi, se retrouvent tout autant dans la vie des gens qui jonglent avec des emplois exigeants, des responsabilités de proches aidants ou des transitions majeures. La scène est peut-être différente, mais la pression ressentie demeure étonnamment similaire. Dans les deux cas, une approche d’équipe peut faire toute la différence.
La Dre Rachel Lyon, psychologue clinicienne et responsable clinique chez Homewood Santé, le chef de file canadien en services de santé mentale, observe ces parallèles au quotidien. Elle remarque que les personnes très performantes tardent parfois à demander de l’aide en santé mentale en raison d’un fort sentiment d’autonomie et d’attentes élevées envers leur capacité à régler leurs problèmes seules.
« Cette croyance qu’elles doivent être capables de gérer tout le stress et les défis par elles-mêmes peut entraîner des retards dans la recherche de traitement », explique la Dre Lyon.
C’est une réalité bien familière pour l’athlète de skeleton Hallie Clarke, propulsée sous les projecteurs lorsqu’elle a remporté l’or aux Championnats du monde IBSF 2024, devenant ainsi la plus jeune championne du monde de skeleton de l’histoire.
« Comme j’étais l’une des plus jeunes dans notre sport, j’ai toujours eu l’impression de devoir agir comme quelqu’un de plus vieux et faire semblant de tout savoir, et ça a fini par affecter ma santé mentale », a expliqué Clarke. « Quand est finalement venu le moment où j’avais vraiment besoin d’aide, ça m’a pris énormément de temps avant de réussir à la demander, parce que pendant des années j’avais été dans cet état d’esprit du “fake it ’til you make it”. »
Alors, sur quoi exactement un professionnel de la santé mentale pourrait-il travailler avec une personne très performante? La réponse courte est que cela dépend de l’individu.
« Cela va dépendre de ce que nous déciderons ensemble comme besoins et objectifs prioritaires pour la personne », explique la Dre Lyon.
La Dre Lyon précise qu’en tant que psychologue, elle se concentre sur trois volets principaux :
- Développer de façon proactive des compétences et des habitudes qui aident les gens à gérer leur santé mentale globale
- Mettre en place des stratégies qui permettent de mieux faire face au stress et de se réguler plus efficacement dans les moments difficiles
- Évaluer et traiter les symptômes cliniques qui peuvent indiquer la présence de troubles de santé mentale
La vision d’ensemble : habitudes, objectifs et introspection
Lorsqu’il s’agit d’athlètes, la Dre Lyon explique que certains des éléments « plus larges » sur lesquels elle travaille peuvent inclure l’établissement de limites entre le sport et la vie personnelle, l’importance de prévoir du temps de repos et d’organiser des activités extérieures au sport, ainsi que des facteurs liés au mode de vie, comme les habitudes de sommeil, essentiels au bien-être mental.
Les athlètes de ski de fond Antoine Cyr et Xavier McKeever ont tous les deux découvert que l’écriture dans un journal est une façon essentielle de rester à l’écoute de leur ressenti et de garder une trace du travail qu’ils accomplissent en vue de leurs objectifs.
« Je fais beaucoup d’exercices d’introspection après les entraînements ou les courses », explique Cyr, qui a participé aux Jeux olympiques d’hiver de Beijing 2022. « Je trouve que c’est vraiment utile pour tourner la page et avancer, ou encore pour réfléchir à ce dont je peux être fier et heureux. »

McKeever a été initié aux bienfaits de la psychologie du sport grâce à son programme sportif au secondaire. Ses dernières années d’école, ainsi que ses possibilités d’entraînement et de compétition, ont été profondément bouleversées par la pandémie. Après une saison décevante, l’isolement et le stress lié à la maladie d’un proche, il a réalisé qu’il aurait peut-être besoin d’aide extérieure.
« C’est à ce moment-là que j’ai compris à quel point la santé mentale peut avoir un impact énorme et comment, tout d’un coup, tu peux avoir l’impression de t’être fait écraser par un éléphant », raconte McKeever.
Il a alors recontacté la même psychologue sportive qu’il avait consultée au secondaire et ils ont commencé à travailler ensemble pour définir ce que signifiaient la santé mentale et la performance mentale dans son cas précis.
« Je dirais qu’une des choses avec lesquelles j’avais parfois de la difficulté, c’était la confiance en moi dans mon ski », dit-il.
Comme pour Cyr, l’écriture est devenue pour McKeever un moyen de renforcer cette confiance et de réfléchir à tout le travail accompli.

La Dre Lyon souligne que ces compétences d’introspection, de reformulation des pensées et de gestion des émotions difficiles sont des aptitudes essentielles qui dépassent largement le cadre du sport de haut niveau. Les méthodes auxquelles ces athlètes se fient sont les mêmes approches fondées sur des données probantes utilisées dans l’ensemble des programmes nationaux de Homewood. Que quelqu’un se prépare pour les Jeux olympiques ou essaie simplement de surmonter l’épuisement au travail, ces outils sont au cœur de l’approche de Homewood pour favoriser la résilience et un rétablissement durable.
L’approche Homewood : des compétences pour la vie
Les cliniciens de Homewood visent à équiper les gens de compétences durables : réguler le stress, bâtir des habitudes de vie saines, comprendre leurs émotions et reconnaître le moment où il faut demander de l’aide. Ce sont les mêmes compétences qui aident les athlètes à performer et les Canadiens au quotidien à demeurer en santé.
Travailler avec un psychologue peut également aider à élaborer d’autres stratégies pour faire face à des moments de stress intense. Cela peut inclure la pleine conscience, des techniques d’ancrage ou des exercices de respiration.
« Je ne réalisais pas à quel point j’avais peu d’outils avant de commencer à travailler avec un professionnel de la santé mentale », raconte Clarke.
Elle dispose maintenant d’une variété de stratégies auxquelles elle peut faire appel au besoin.
« Une technique que j’ai vraiment aimée était d’imaginer cette pensée négative sur un nuage et de la regarder s’éloigner », explique-t-elle. « Ça semble simple et un peu naïf, mais ça rappelle qu’on n’est pas nos pensées. »

Clarke a aussi intégré des exercices de concentration qui l’aident à trouver le bon état d’esprit pour performer. De son côté, Cyr aime revenir au « pourquoi » lorsque les choses deviennent difficiles.
« Que ce soit pendant une course, un grand événement ou un entraînement difficile, j’aime revenir aux valeurs profondes qui m’animent », dit-il.
Une autre stratégie, lorsque les choses se corsent, consiste à penser à quel point son moi plus jeune serait excité de le voir aujourd’hui.
« Parfois, je me dis : “Ah, je ne me sens vraiment pas d’attaque”, mais ensuite je me rappelle que, quand j’avais dix ans, j’aurais tout fait pour être dans cette situation », raconte Cyr. « Je n’aurais jamais imaginé être un jour sur la ligne de départ d’une Coupe du monde ou au pied de la dernière montée du Tour de Ski. Me souvenir de ce dont rêvait le petit moi m’aide à me recentrer. »
N’attendez pas pour demander de l’aide
Les psychologues cliniciens sont formés pour évaluer quand les symptômes franchissent le seuil d’un trouble mental, comme les troubles anxieux, la dépression, les troubles de l’alimentation, le trouble obsessionnel compulsif ou encore les dépendances.
La Dre Lyon souligne que même si beaucoup de gens demandent de l’aide en réaction à une expérience difficile, travailler de manière proactive avec un professionnel de la santé mentale est une excellente façon de protéger sa santé mentale.
Pour les jeunes athlètes, les entraîneurs et les proches jouent un rôle clé.
« Il est extrêmement bénéfique d’entamer tôt des conversations sur le stress et la santé mentale, car cela contribue à normaliser le sujet », explique la Dre Lyon. « Les entraîneurs et les proches peuvent adopter une écoute active, sans jugement, et se montrer ouverts à accueillir ce que vivent les jeunes. »
Une autre stratégie simple consiste à valoriser non seulement les résultats sportifs, mais aussi des qualités comme l’éthique de travail, l’attitude positive ou le rôle de coéquipier soutenant.
Cyr dit qu’il pense encore à cette idée, même en tant qu’Olympien.

« Chaque fois que je me suis fixé des objectifs basés sur un classement ou une performance, ça n’a jamais donné grand-chose », dit-il.
« Par contre, lorsque mes objectifs portent sur ma façon d’aborder les courses, les entraînements et ma vie quotidienne en étant la meilleure version de moi-même, ça se reflète toujours dans mes performances. »
Les réseaux sociaux peuvent aussi être un défi pour les athlètes, des plus jeunes jusqu’aux élites. La Dre Lyon recommande de fixer des limites quant à l’usage qu’on en fait.
McKeever a lui-même établi des règles après avoir constaté que faire défiler son téléphone avant les courses augmentait son stress. Il a commencé à apporter des ensembles de Lego lors de ses voyages pour les compétitions, afin d’avoir une activité méditative qui occupe son esprit.
S’appuyer sur les gens autour de soi
La Dre Lyon rappelle que le soutien social est un facteur de protection pour la santé mentale. Pour les athlètes, cela peut vouloir dire s’assurer d’avoir quelqu’un de confiance en dehors du sport, capable de les aider à garder un équilibre.
Les membres de la famille, les amis, les entraîneurs et les coéquipiers font tous partie du cercle de soutien de l’athlète et peuvent être les premiers à remarquer des signes comme des changements d’humeur, une hausse de l’anxiété, une perte d’intérêt ou une fatigue inhabituelle.
Cyr, McKeever et Clarke recommandent tous vivement aux autres athlètes de demander de l’aide.
« Ne pas avoir peur de demander de l’aide quand on en a besoin, c’est énorme », dit McKeever.
« Ça a complètement transformé mon ski et ça a vraiment changé l’athlète que je suis devenu. Csa l’a simplement commencé par l’envoi d’un simple courriel. »
Clarke est particulièrement convaincue de l’importance de son expérience avec les professionnels de la santé mentale.
« Ça a l’air dramatique, mais ça m’a sauvé la vie. »
En tant que fournisseur officiel des services de santé mentale du Comité olympique canadien, Homewood Santé offre aux athlètes un large éventail de soutiens et de services. Ces services sont accessibles grâce à Game Plan, le réseau d’accompagnement global des athlètes au Canada. Les mêmes standards cliniques rigoureux guident tous les niveaux du continuum de soins de Homewood, allant de consultations aux traitements intensifs, faisant de Homewood le chef de file canadien en santé mentale et offrant un soutien aux gens là où ils en sont, lorsqu’ils sont prêts.


