La canoéiste Haley Daniels a récemment partagé sa perspective sur Olympique.ca portant sur son engagement dans la lutte pour l’égalité des sexes en canoë-kayak aux Jeux olympiques, encore plus depuis que son père est devenue femme transgenre. C’est maintenant au tour de son père Kimberly, une officielle internationale de canoë-kayak, de nous partager son récit qui l’a menée à vivre pleinement dans son authenticité.

Je suis fière de dire que ma fille Haley est un espoir olympique en canoë-kayak slalom féminin.

En tant que père, je me suis dévouée à soutenir son sport comme bénévole. En 2009, j’ai obtenu ma certification d’officiel technique international auprès de la Fédération internationale de canoë (ICF). Depuis, j’ai arbitré à des Coupes du monde, des Championnats du monde, des Jeux panaméricains et des Jeux olympiques.

Haley et moi partageons une passion pour l’excellence sportive et nous croyons toutes les deux à l’égalité des sexes. J’ai récemment fait mon coming out auprès de la communauté internationale. En septembre, dans le cadre d’une célébration conjointe entre l’Institut du sport canadien de Calgary et Fierté Calgary, Haley et moi avons partagé mon histoire de femme transgenre.

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À l’âge de sept ans, je savais que j’étais une fille coincée dans le corps d’un garçon nommé Duncan.

Croyez-moi, c’était une découverte effrayante dans les années 1960, alors que nous en savions peu à ce sujet. Malheureusement, le monde dans lequel on vivait n’était pas un endroit sécuritaire pour les transgenres. C’était contre la loi d’être transgenre et le personnel médical utilisait des mesures radicales afin de les « soigner ». Les traitements comprenaient souvent l’internement, la pharmacothérapie, des électrochocs et d’autres méthodes de traitement inhumaines, qui visaient à guérir quelque chose d’impossible à guérir.

Je savais que si je faisais ma sortie du placard dans ma jeunesse, cela aurait un effet dévastateur sur moi et sur ma famille. J’ai donc choisi de garder le secret et de refouler mes sentiments. Comme résultat, j’ai vécu la majeure partie de ma vie avec ce secret. Cela a créé chez moi des sentiments de peur, de culpabilité, de honte et d’embarras.

Vous savez, à votre anniversaire, quand vous soufflez les chandelles sur votre gâteau et que vous faites un vœu ? Ce souhait est spécial et vous ne le partagez avec personne. Chaque anniversaire, de mes sept ans jusqu’à dans ma soixantaine, mon vœu était d’être une fille. Ce secret, j’étais prête à l’emporter dans ma tombe.

J’ai amorcé ma transition dans les deux dernières années et pendant ce temps, j’ai partagé mon secret avec la majorité de ma famille, de mes amis proches et de mes collègues. Cet été, j’ai finalement eu le courage d’en parler à ma mère de 94 ans. Je pensais qu’elle savait, mais elle était sous le choc après avoir entendu mon histoire et m’a dit qu’elle n’en avait aucune idée. Je pense que j’étais vraiment meilleure que je le croyais pour garder mon secret !

Heureusement, ma mère m’a soutenue dans ma transition et j’ai ressenti un soulagement immense.

Une semaine plus tard, elle m’a appelée pour me remercier de ne pas avoir fait ma sortie du placard dans ma jeunesse. Nous avons évoqué le scénario qui aurait pu se produire si j’avais révélé mon secret dans les années 1960. Ma mère et mon père étaient tous des parents aimants et dévoués qui auraient fait tout en leur pouvoir pour me « soigner ». J’ai évité cela, heureusement !

Aujourd’hui, je célèbre qui je suis réellement : une femme. Je me sens maintenant confiante et je désire partager le secret qui m’a hantée toute ma vie. Ce fut un processus incroyable et je me sens choyée d’avoir obtenu un tel soutien de la part de ma famille et de mes amis. Nous avons tous appris à propos de la fluidité des genres et nous avons pris part à ce processus ensemble. Je suis aussi chanceuse d’avoir deux enfants incroyables qui ont été derrière moi à 100 % pendant ma transition.

Dernièrement, il m’est arrivé quelque chose qui m’a totalement surprise.

Pendant toute ma vie d’homme, j’ai toujours eu, dans ma tête, une voix de femme. C’est comme si j’avais une double personnalité. Croyez-le ou non, il y avait des moments où ma voix masculine et ma voix féminine tenaient des conversations dans ma tête. Après ma sortie du placard en septembre, je n’avais plus à m’habiller en homme ou à me présenter comme un homme. Cependant la plus grande révélation pour moi a été de ne plus entendre deux voix dans ma tête. J’en entends seulement une maintenant, la vraie moi, la femme que j’ai toujours été. Maintenant, je suis en paix, je n’ai plus de secret et je peux vivre le reste de ma vie en tant que femme transgenre.

Maintenant, il est temps d’aborder quelques changements. Aux Jeux de Rio 2016, j’étais un juge de portes, qui était affecté en bordure du parcours de slalom. Depuis ma sortie du placard, j’ai contacté mes collègues de l’ICF et ils m’ont offert un soutien incroyable. Je savais depuis l’été 2019 que je serais juge de portes aux Jeux de Tokyo 2020. Comme la pandémie de COVID-19 a eu un effet sur le calendrier des Jeux et sur ma révélation, d’abord prévue pour après les Jeux, c’est en tant que femme que j’irai aux Jeux de Tokyo en 2021. C’est vraiment excitant !

Pour nous, 2021 sera une histoire d’égalité des genres. Ce sera la première fois que des épreuves de canoë-kayak slalom féminin seront présentées au programme olympique et je pourrais être la première officielle transgenre de l’histoire olympique.

Haley s’entraîne fort pour se qualifier pour les Jeux olympiques. Pour ma part, je prends avec fierté le relais du rôle d’officiel de canoë-kayak slalom féminin de Duncan, mais en tant que Kimberly.