Pagayer est ma joie et ma passion depuis que je suis toute jeune.

J’ai grandi en faisant des excursions en canoë avec ma famille. Ces nombreuses activités en plein air ont permis à notre famille de rester près les uns des autres.

Quand j’ai commencé à pagayer, c’était en kayak. C’était plus facile à apprendre, grâce à la pagaie double et à la position assise. J’ai plus tard appris qu’une porte s’ouvrait à moi. Le canoë slalom féminin (C1W) s’ajoutait à la liste des compétitions présentées dans le cadre des Championnats du monde de l’ICF et des étapes de la Coupe du monde. J’ai décidé de tenter ma chance dans les deux disciplines, mais j’ai découvert que j’avais peur de faire du canoë. Par contre, je savais que si je souhaitais m’améliorer, je devais pagayer davantage en canoë.

Je me souviens d’être assise avec mes parents quand nous avons pris cette décision importante : celle d’accrocher ma pagaie de kayak pour un moment et de me concentrer à m’améliorer en canoë. Je crois pouvoir affirmer avoir fait le bon choix, puisque je suis maintenant un espoir olympique dans cette discipline pour les Jeux de Tokyo 2020.

Haley Daniels pagaie dans l’épreuve de canoë-kayak slalom féminin au Jeux panaméricains à Minden, Ontario le 18 juillet 2015.

Haley Daniels pagaie dans l’épreuve de canoë-kayak slalom féminin au Jeux panaméricains à Minden, Ontario le 18 juillet 2015. (Photo: COC/Dave Holland)

Mon cheminement n’a pas été facile. Même si le canoë féminin fait partie du circuit de la Coupe du monde depuis presque une décennie, il a fallu attendre longtemps avant qu’il soit intégré au programme olympique. Depuis que j’ai commencé à pagayer en eaux vives, mon but est de participer aux Jeux olympiques. Alors que je devenais plus forte en canoë, je m’investissais aussi davantage pour faire reconnaître l’égalité des sexes, puisque mon sport n’en était pas encore rendu là.

Avec un groupe de femmes passionnées par le canoë de partout autour du monde, nous avons mis de la pression sur la Fédération internationale de canoë pour obtenir l’égalité des sexes dans notre sport. Par chance, nous avons réussi et pour la première fois, à Tokyo 2020, il y aura des compétitions de canoë féminin inscrites au programme olympique.

Même si ce chemin s’est avéré difficile, il m’a permis de devenir une pionnière et de faire partie d’un mouvement qui laissera un héritage aux prochaines canoéistes féminines. Quel que soit mon résultat aux Jeux olympiques de Tokyo, je suis extrêmement fière de faire partie de l’histoire du canoë féminin. La famille a toujours été très importante à mes yeux. Mes parents ont toujours été là afin de m’aider à prendre mes décisions les plus importantes. Ils ont aussi porté plusieurs autres chapeaux : ceux de chauffeurs, de cuisiniers, de chaperons, de directeurs marketing, d’épaules sur lesquelles pleurer, d’éditeurs, de fans #1, de médiateurs, d’entraîneurs, de chronométreurs et même de juges sur les berges le long de plusieurs de mes courses de slalom.

Mon père est même devenu un officiel international certifié afin de pouvoir être à mes côtés dans le cadre des événements internationaux. Il a participé aux Jeux de Rio 2016 comme juge de canoë-kayak slalom et a aussi été sélectionné pour travailler à Tokyo 2020 !

L’année 2020 a été une grosse année pour ma famille. Nous avons connu une transition majeure au cours de la pandémie. Mon père, autrefois connu sous le nom de Duncan, est devenu transgenre et se prénomme désormais Kimberly. Il utilise le pronom « elle ». Il n’existe pas de guide pour apprendre à vivre dans une famille qui compte un membre transgenre. Mon mantra, pendant tout ce processus, a été de rester ouverte d’esprit et honnête. Je n’ai qu’une famille et qu’un seul père, alors il était naturel pour moi de lui offrir mon appui dans sa transition et d’entamer ce nouveau parcours ensemble.

Haley et Kimberly Daniels.

Haley et Kimberly Daniels. Photo: Dave Holland

Il va sans dire que ma relation avec Kimberly a changé. Récemment, nous avons eu une discussion sérieuse sur la façon que je devrais appeler « mon nouveau père ». Même si « il » est devenu un « elle », elle est toujours mon père. Mon frère et moi étions tellement heureux quand elle nous a dit qu’elle souhaitait toujours que nous l’appelions « papa » et qu’elle était fière de dire à tous qu’elle serait toujours notre père. Je dois avouer qu’aujourd’hui je n’ai pas une mère et un père conventionnels, mais que j’ai deux parents incroyablement aimants et solidaires. Et j’en suis reconnaissante.

Annoncer à votre famille et vos amis que vous êtes transgenre est une chose extrêmement terrifiante. Il faut beaucoup de courage pour partager quelque chose qui est encore aujourd’hui sujet à controverse partout dans le monde. La raison pour laquelle nous avons décidé, ensemble, de le crier sur tous les toits est que nous croyons qu’il est important de vivre de façon authentique et fidèle à soi-même.

Une fois la poussière de l’annonce initiale retombée, j’ai été capable de prendre du temps pour réfléchir et réaliser à quel point nos histoires étaient parallèles et significatives, même si nous ne nous attendions pas à un tel dénouement. Notre famille n’a jamais accepté la médiocrité. Nous avons toujours cherché à atteindre l’excellence dans tout ce que nous faisons. Je me suis battue pour l’égalité des sexes durant la majeure partie de ma carrière et maintenant mon père est une femme transgenre.

J’espère devenir l’une des premières femmes canoéistes à participer aux Jeux olympiques. Mon père risque d’être l’une des premières femmes transgenres à faire office de juge aux Jeux olympiques.

Vous vous demandez peut-être pourquoi nous désirions partager cette histoire. Si 2020 nous a montré quelque chose, c’est que nous avons le pouvoir de surmonter l’adversité, de nous adapter et de partager nos vulnérabilités afin de nous rapprocher des autres. En partageant notre histoire, nous espérons aider d’autres personnes à vivre en pleine authenticité.

Nous pouvons tous faire preuve de plus de compassion. Nous pouvons suivre nos rêves et nos passions sans juger les autres. Si j’en suis rendue là aujourd’hui dans mon sport, c’est parce que ma mère et mon père ont cru en mon rêve. Maintenant, je veux donner au suivant en leur offrant mon soutien à tous les deux : ma mère, qui s’apprête à prendre sa retraite et mon père, qui commence le reste de sa vie en tant que femme transgenre. Je suis si chanceuse d’avoir une famille qui m’appuie dans mon parcours olympique.

Haley Daniels a représenté Équipe Canada à Toronto 2015, où elle a remporté la médaille de bronze dans la première compétition de canoë slalom féminin de l’histoire des Jeux panaméricains. Elle a disputé des compétitions au sein du circuit de la Coupe du monde ICF depuis 2009 en plus de disputer à sept Championnats du monde ICF. Elle espère se qualifier pour Tokyo 2020, où des épreuves de canoë slalom féminin feront partie du programme olympique pour la première fois.