Se tenir au même endroit pendant trois heures, seul et avec ses pensées tout en essayant d’atteindre une cible située à 70 mètres avec des flèches, c’est ce que Crispin Duenas aime faire, et ce, tous les jours.

Parfois, deux fois par jour.

« Les gens disent que c’est fou, parce que nous faisons la même chose encore et toujours, en nous attendant à des résultats différents », a commenté le double olympien.

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Tout est dans les doigts

Duenas passe jusqu’à huit heures par jour sur le terrain d’entraînement. Il tire sans relâche. Il s’entraîne. Duenas dit que tirer avec un arc recourbé n’est pas très éprouvant pour le corps. Les choses se corsent à pleine allonge, car cela met 52 livres de pression sur les trois doigts du milieu, qui doivent se détendre en même temps pour libérer la corde.

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« Les archers prennent des années pour apprendre comment détendre les doigts de façon constante dans toutes les conditions possibles », a déclaré Duenas qui est le meilleur archer de sexe masculin du Canada à ce jour; il a remporté une médaille de bronze aux Championnats du monde de 2013.

Sans une détente totale, la corde dévie et envoie la flèche de travers. Le centre de la cible est de 12,2 cm de diamètre et est situé à environ un pâté de maisons de l’archer. Duenas estime que si ses doigts sont mal placés, et ce, de 1 mm, il rate son tir.

Tout est dans la tête

« Pour ce qui est de l’aspect physique du tir à l’arc, je pense que tout le monde peut y parvenir, c’est l’aspect mental qui est le plus difficile », a déclaré l’athlète de 29 ans qui a passé la moitié de sa vie à essayer de se connaître.

« Le score, c’est ce qui compte, c’est la manière dont vous traitez ce score dans votre tête qui fait de vous un meilleur archer. » – Crispin Duenas

La deuxième phase d’une compétition de tir à l’arc est l’élimination directe. Trois flèches pour obtenir le meilleur score en tirant sur une cible de 10 anneaux. Une manche se gagne avec deux points, et le premier archer à obtenir six points après plusieurs manches obtient la victoire. Si les deux archers obtiennent tous les deux six points, un duel (littéralement) a lieu et l’athlète dont la flèche sera le plus près du centre remporte la victoire.

Imaginez devoir disputer une médaille d’or.

Duenas a dû travailler sur lui-même au cours des années. Il travaille également avec le renommé psychologue du sport Peter Jensen. Ensemble, ils ont canalisé sa pensée et sa manière d’aborder chaque moment. Il pratique la course à pied afin de se renforcer le cœur et d’améliorer sa respiration lorsqu’il tire.

En quête de perfection

Duenas se sous-estime peut-être. À l’entraînement, 1800 flèches par semaine multipliées par 52 livres de pression pour tirer sur la corde, cela fait plus de 93 000 livres. (La prochaine fois où vous irez au gymnase, essayez de soulever un haltère de 50 livres avec vos trois doigts du milieu.)

Crispin Duenas at London 2012, his second Olympic Games.

Crispin Duenas à Londres 2012, ses deuxièmes Jeux olympiques.

Et il passe beaucoup de temps au stand de tir à l’arc, jour après jour, parce qu’il existe toujours la possibilité d’obtenir un meilleur score. La ronde de qualification d’un tournoi de tir à l’arc est de 72 flèches et le score maximum est de 720.

Personne n’a jamais franchi la barre des 700, le record étant de 699. Le record personnel de Duenas est de 690.

« Cela paraît solitaire, cela paraît monotone, cela paraît ennuyeux à mourir, mais pour un archer à temps plein, c’est cette quête de perfection qui nous motive », raconte Duenas.

Crispin Duenas est impatient de participer à sa prochaine compétition d’envergure, TO2015. Il avait gagné l’argent aux Jeux panaméricains de 2011.