Les meilleurs athlètes n’évoluent pas dans l’industrie du sport, mais dans l’industrie des attentes. Et répondre à celles-ci peut s’avérer aussi ardu que de vaincre ses adversaires.

Dimanche soir, au Parc de neige de Phoenix, à sa deuxième participation aux Jeux olympiques, Justine Dufour-Lapointe n’a échoué nulle part. Satisfaite de sa performance, elle a écarté toutes ses adversaires sauf une et livré la marchandise pour elle-même, sa famille et son pays pour décrocher la médaille d’argent à l’épreuve féminine de bosses de PyeongChang 2018.

Justine Dufour-Lapointe avec les spectateurs après avoir remporté la médaille d’argent en bosses féminines aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang 2018, le 11 février 2018. Photo : Jason Ransom/COC

« Je croyais que je n’avais fait aucune erreur », dit-elle après avoir remporté sa deuxième médaille olympique – la première étant l’or gagné à cette même épreuve à Sotchi.

« C’était, pour moi, la seule chose dont j’étais fière. J’ai franchi la ligne d’arrivée en sachant que peu importe ce qui m’attendait, cette descente allait décider de mon sort. J’ai réussi la meilleure descente possible au meilleur moment, et mon sort reposait entre les mains des juges. »

Quatre ans plus tôt, à Sotchi, la famille Dufour-Lapointe est devenue une puissance pour tous les Canadiens. Participant aux Jeux olympiques aux côtés de ses sœurs aînées Maxime et Chloé, Justine était la benjamine qui ne semblait avoir aucune limite. Cette attitude l’a propulsée au sommet du podium olympique tandis que sa sœur Chloé montait sur la deuxième marche, créant un podium canadien à jamais emblématique.

Justine Dufour-Lapointe, à droite, et sa sœur Chloé Dufour-Lapointe terminent 1-2 à l’épreuve féminine de bosses aux Jeux olympiques d’hiver de Sotchi 2014 à Krasnaya Polyna, en Russie, le samedi 8 février 2014.
THE CANADIAN PRESS/HO, COC – Jason Ransom

Aujourd’hui, Justine est peut-être la seule sœur Dufour-Lapointe sur le podium olympique, mais ce podium revêt une signification spéciale en raison des difficultés surmontées pour revenir à ce niveau.

Lorsqu’on lui a demandé si elle était aussi heureuse de remporter la médaille d’argent en Corée que la médaille d’or en Russie, elle a répondu : « Oui, parce que cette médaille signifie plus. Elle signifie plus de travail, et oui c’est beaucoup plus logique maintenant. Lorsque j’étais au sommet de la piste, je me disais seulement que j’y étais, que c’était ma dernière descente, mon moment – que je voulais être en contrôle et décider de ma course, sans penser aux autres, sans penser que le monde entier me regardait. C’est moi et personne d’autre qui décide ce qui se passe. »

Entre les deux médailles, Justine a surmonté des défis psychologiques et physiques, a vécu les hauts et les bas de la maladie qui s’abat sur un membre de la famille et la pression à garder la forme tout en répondant aux attentes des commanditaires, et tout cela, dans sa valise à voyager à travers le monde pour participer aux compétitions. Depuis qu’elle est montée sur la plus haute marche du podium vers la fin de l’adolescence, la skieuse, âgée de 23 ans aujourd’hui, en a appris beaucoup sur la façon de gérer l’adversité.

 

Justine Dufour-Lapointe prend sa pose habituelle, après avoir remporté l’argent à PyeongChang 2018.

« Je me sens si différente qu’à Sotchi. À Sotchi, j’étais encore un enfant qui profitait de cette vie, qui ne réalisait pas ce qui se passait autour d’elle. Mais aujourd’hui… Je sais ce que j’ai à faire, que je dois me concentrer sur moi, mon ski, mes lignes, mon moment, et rien d’autre. Si je ne fais pas ça, je ne serai pas fière de moi. »

Elle a dit avoir su dès son réveil, dimanche, qu’elle allait devoir donner le tout pour le tout. Au cours de la finale en trois rondes, elle a pris le premier rang après sa première descente pour accéder à la ronde suivante, puis le quatrième rang pour passer à la super finale. Malheureusement, sa sœur Chloé ne l’a pas suivie jusqu’aux rondes suivantes et s’est inclinée après la première ronde.

La constance de Justine tout au long de la soirée s’est exprimée au moment le plus important, à sa troisième descente, par une remarquable exécution pour laquelle on lui a octroyé un score de 78,56, quelques centièmes derrière la Française Perrine Lafont (78,65) et devant la Kazhake Yulia Galysheva (77,40).

Justine Dufour-Lapointe se rend au podium après avoir remporté la médaille d’argent à l’épreuve féminine de bosse le 11 février 2018. Photo : Jason Ransom/COC

Bien qu’elle fût la seule Dufour-Lapointe au départ de la finale olympique, toute la famille dont le Canada s’est épris il y a quatre ans l’attendait au bas de la piste pour la serrer très fort, peu importe l’issue de la compétition. Après deux années mouvementées, la skieuse plus mature et expérimentée s’offre le plus beau cadeau qui soit, en plus d’être double médaillée olympique.

« Mes parents sont ici, et c’est ce qui me rend la plus heureuse. Avoir des parents heureux et en santé, et une famille heureuse et en santé à mes côtés. C’est la seule chose qui compte, d’avoir quelqu’un à serrer dans ses bras. »