À sa première présence aux Jeux olympiques, à Rio 2016, Kylie Masse était celle qui était à la poursuite des meilleures nageuses et elle a finalement ramené une médaille de bronze au 100 m dos.

Quatre ans plus tard, elle se prépare en vue des Jeux de Tokyo 2020 en sachant que cette fois, c’est elle que les autres nageuses pourchasseront, surtout qu’elle a remporté des titres mondiaux consécutifs dans son épreuve fétiche, en 2017 et en 2019. Et, ah oui, elle a aussi été la détentrice du record du monde pendant un an.

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Évidemment, comme tous les athlètes d’Équipe Canada, Masse a vécu un été qui ne s’est pas du tout déroulé comme elle l’avait si méticuleusement planifié.

« Nous planifions vraiment les années de façon quadriennale et nous savons d’avance quelles sont les compétitions auxquelles nous allons participer, à quels moments nous participons à des camps d’entraînement et toutes ces choses-là. Et là, il n’y a rien de sûr, ce qui est définitivement étrange », a récemment déclaré Masse à Olympique.ca en parlant des répercussions que la COVID-19 continue d’avoir sur ses préparatifs olympiques, les Jeux de Tokyo 2020 ayant été remis à 2021.

Équipe Canada - natation - Kylie Masse - Rio 2016

Kylie Masse au départ de la finale du 100 m dos aux Jeux de Rio, où elle a gagné la médaille de bronze. 8 août 2016. (Photo/Jason Ransom)

À la mi-mars, elle était à deux semaines seulement de concourir aux essais canadiens, où elle était censée confirmer sa place au sein de l’équipe olympique.

Puis tout a changé, à commencer part le report des essais.

« Notre entraîneur a dit, ‘Écoutez, prenez la fin de semaine de congé tout le monde et nous serons de retour lundi. Le virus se propage, prenez soin de vous-mêmes, de toute évidence le plan n’est plus de se préparer pour les essais dans deux semaines, alors prenez congé cette fin de semaine, et nous nous revoyons lundi.’ Puis, le lendemain, on a fermé nos installations. »

Qu’est-ce qu’une nageuse si elle n’a pas d’eau où nager?

Pendant la première semaine, elle est restée à Toronto, où elle a fait du vélo et de longues promenades à pied pour rester active du mieux qu’elle le pouvait. Elle a ensuite décidé de retourner chez elle à LaSalle, près de la rivière Detroit dans le sud-ouest de l’Ontario, pendant quelques jours, « peut-être quelques semaines au pire », afin de passer du temps avec ses parents.

Elle y est restée plus de trois mois.

« En fait, j’ai suivi des cours d’été pendant la première partie de la quarantaine, alors ça m’a tenue pas mal occupée, ce qui était bien, d’autant plus que je n’avais pas grand-chose d’autre à faire. La natation représente la quasi-totalité de mon horaire, alors je me sentais un peu perdue par moments. J’ai fait un petit jardin de légumes et d’herbes avec mon père et j’ai passé pas mal de temps à travailler là-dessus, à aller chercher les graines à planter et à m’occuper du jardin. J’ai essayé de faire un peu de cuisine et de tout simplement savourer le temps passé à la maison, avec ma famille. »

Masse n’a plus que deux cours à compléter pour obtenir son diplôme en kinésiologie à l’Université de Toronto. Contrairement à bien des nageurs et nageuses de haute performance, elle a choisi de rester au Canada au lieu de s’inscrire dans une université membre de la NCAA.

« Parce que j’ai grandi si près des États-Unis, je pense que la tentation d’aller aux États-Unis était forte, d’autant plus que pas mal de nageurs et nageuses qui avaient évolué dans mon équipe de club avant moi étaient allés aux États-Unis, a souligné Masse. J’ai fait quatre voyages officiels de recrutement et j’ai ensuite décidé d’aller visiter l’Université de la Colombie-Britannique et l’Université de Toronto au Canada. […] Je voulais m’assurer d’aller étudier à un endroit où il y avait un bon programme sur le plan académique, et aussi un bon programme sportif. En visitant l’Université de Toronto, j’ai vraiment aimé l’atmosphère qu’il y avait et j’ai vu quelles étaient les ressources disponibles, à quel point le personnel d’entraîneurs et l’équipe étaient formidables. Je n’étais pas très loin de chez moi et je n’étais pas trop près non plus, alors pour moi c’était pas mal le scénario parfait. »

Kylie Masse en plan très rapproché, au dos

Kylie Masse s’entraîne aux Jeux olympiques de Rio 2016, le 4 août 2016. (La Presse canadienne/Frank Gunn)

Une des vétérans les plus accomplies au sein de l’équipe nationale, Masse a aussi fait de son mieux pour s’assurer que ses coéquipières et elle restaient connectées même si elles étaient éparpillées un peu partout au pays. À cette fin, elle a organisé des entraînements virtuels et des jasettes par vidéoconférence.

« La natation est un sport individuel, mais c’est tellement un sport d’équipe aussi et tu te fies tellement à l’environnement dans lequel tu es pour te pousser, alors j’ai trouvé ça difficile de m’entraîner seule, a dit Masse. Je pense que tout le monde a réalisé l’importance de l’interaction sociale et à quel point on en a besoin quand on nous l’a enlevée. »

À la fin du mois de juin, elle a enfin pu recommencer à s’entraîner en piscine.

« J’étais tellement contente d’y retourner. J’étais un peu nerveuse, je me demandais comment j’allais me sentir d’y retourner après une aussi longue pause, c’est tellement rare dans notre sport d’avoir de longues pauses, a noté Masse. Après sept jours de congé, la sensation dans l’eau est tellement différente. Alors d’avoir des mois de congé, ça m’inquiétait. Mais honnêtement c’était juste tellement agréable de retourner dans l’eau et je me sentais tellement bien. »


Apprenez-en plus sur Kylie Masse alors qu’elle répond à nos questions sur le fait d’avoir joué le rôle de mannequin pour Équipe Canada, sur sa plus grande réalisation, sur ses affrontements contre des hommes dans une nouvelle épreuve olympique et sur son activité favorite hors de la piscine.

Q : Tu as récemment eu l’occasion de travailler comme mannequin pour présenter la collection de l’équipe pour Tokyo 2020 conçu par la Baie d’Hudson. Tu aimes la mode, alors quelles ont été tes premières impressions ? 

R : Quand j’ai vu la veste pour la première fois, je me suis dit : « Wow ». Je trouve qu’il incarne vraiment le Canada et le tuxedo canadien […] Je trouve qu’il est unique et très spécial et, évidemment, il semble contenir beaucoup de souvenirs avant même que ce soit le cas, si ç’a du sens. Il a l’air d’un morceau spécial avant même que tu puisses le porter à la Cérémonie de clôture.

Q : Prendre la bonne pose a été plus facile ou plus difficile que tu pensais ?

R : J’ai toujours de la difficulté à avoir une expression faciale neutre. Je trouve que ce n’est pas vraiment moi, ce n’est pas ma personnalité, donc je dois toujours être très concentrée pour réussir à avoir cet air de détermination dans mon visage.

Q : On dit souvent que c’est plus facile de remporter un titre que de défendre un titre. C’est vrai selon toi ?

R : Je pense que oui, définitivement un peu. Je pense que c’est plus facile de pourchasser quelqu’un que d’être au sommet, mais c’est fou parce qu’évidemment, je travaille tellement fort pour réussir à rester au sommet. […] Je pense qu’en 2017, j’étais davantage dans le moment présent. Je savourais simplement le fait de nager vite et de tout donner et, en 2019, je ressentais davantage la pression, j’étais davantage consciente des attentes. Au fil des ans, j’ai appris – et je continue d’apprendre – comment composer avec tout ça et à me concentrer tout simplement sur moi, parce que je regarde ma performance en 2017, je pense que j’étais tout simplement heureuse de nager et je ne pensais à rien d’autre. Je cherche donc constamment à me rappeler que c’est important d’être dans le moment présent et de vraiment savourer l’expérience que je vis, de laisser le corps faire ce qu’il sait faire sans trop s’empêtrer dans des choses comme la pression externe, les attentes et les médias.

Q : Détentrice du record du monde ou médaillée olympique ou championne du monde. Laquelle des trois représente ta plus grande réalisation jusqu’ici selon toi, et pourquoi ? 

R : C’est sûr que je suis vraiment fière des trois, mais c’est probablement le record du monde que je mets en premier. Je trouve que c’est quelque chose d’un petit peu plus rare que les deux autres, et je pense que c’est vraiment unique de savoir qu’à un moment donné, j’ai été la nageuse la plus rapide dans l’histoire à cette épreuve.

Q : À quel point veux-tu ravoir le record du monde ?

R : Je le veux vraiment beaucoup. J’essaie de ne pas trop penser aux chronos, mais je sais que je peux encore m’améliorer beaucoup et je pense avoir une bonne idée du chemin qu’il me reste à franchir, alors ça me motive vraiment à continuer de travailler dur et de voir jusqu’où je peux me pousser.

Kylie Masse, souriante, dans la piscine

Kylie Masse réagit à sa victoire au 100 m dos avec un record du monde aux Mondiaux aquatiques de Budapest, le 25 juillet 2017. (AP Photo/Darko Bandic)

Q : Le relais quatre nages mixte sera ajouté au programme olympique à Tokyo 2020. C’est comment de nager contre des hommes ?

R : C’est assez fou, honnêtement. La première fois que je l’ai fait, en 2017, c’était la fou et amusant, mais je pense que dans cette épreuve, tu dois vraiment te concentrer sur toi-même et penser à ta longueur parce qu’il est possible que tu aies à côté de toi un homme qui est six secondes plus rapide que toi. […] Heureusement pour moi, le fait d’être sur le dos, je ne peux pas vraiment voir ce qui se passe jusqu’au moment d’arriver au mur, alors d’habitude c’est juste à la fin que je réalise que je suis très en retard sur le gars d’à-côté. Mais je trouve que c’est très cool, c’est une épreuve amusante et le fait de pouvoir y participer avec deux hommes et une femme, c’est fou et très nouveau dans le sport, alors c’est plaisant.

Q : Tu as déjà dit par le passé à quel point tu aimes le café et que tu fréquentes le café du coin. Quelle est ta commande habituelle et où trouves-tu le meilleur café au monde ?

R : Le meilleur café au monde, je dirais que c’est en Australie qu’on le trouve. L’Australie ou l’Italie. Ce que je commande change selon mon humeur, tout dépend de ce qui se passe. J’adore un latte, glacé ou chaud ; un americano ou un cappuccino. D’habitude j’alterne entre ces sortes-là, mais si jamais je veux quelque chose de plus chic, je prends un macchiato ou quelque chose comme ça. Je dirais que le latte, c’est ce que je commande le plus souvent.

Q : Un latte à la citrouille épicée, c’est « yay » ou « nay » ?

R : Nay.