Samedi à PyeongChang 2018, le plus grand fondeur canadien de tous les temps, Alex Harvey, qui avait gardé le meilleur pour la fin, littéralement, a fait des efforts courageux qui se sont soldés en le meilleur résultat olympique du Canada dans cette discipline.

« Je me sens bien, c’est tout ce que j’avais aujourd’hui, je n’ai pas de regret. Mais vous savez, quatrième, c’est un peu dur à accepter », a déclaré Harvey après avoir terminé à six secondes près du podium à la suite d’une course exténuante de 2 heures, 11 minutes et 5,7 secondes à l’épreuve masculine du départ groupé 50 km, la course la plus exigeante sur le plan physique en ski de fond olympique.

Alex Harvey s’effondre d’épuisement après avoir terminé la course de 50 km de ski de fond en quatrième place à PyeongChang 2018 (Photo: CP).

Le meilleur résultat individuel canadien précédent appartenait à Devon Kershaw qui, à Vancouver 2010, avait terminé cinquième à la même épreuve, à 0,6 s de ce qui aurait été une médaille légendaire à des Jeux à domicile.

Harvey dit qu’il s’agissait de sa dernière course olympique et voilà que son résultat se révèle être la meilleure position qu’il – et le Canada – a obtenue à ce jour en ski de fond à ce niveau. L’athlète de 29 ans est champion du monde en titre à l’épreuve du 50 km, exploit qu’il a réalisé quand il a gagné sa cinquième médaille au classement général et deuxième médaille d’or de sa brillante carrière aux Championnats du monde qui ont eu lieu l’an dernier en Finlande. Si le Canada avait eu à faire une percée en ski de fond olympique, il n’a pas eu de meilleure chance que celle que lui donnait cette année ce triple olympien.

« Ç’a été une superbe course. J’ai tout donné aujourd’hui et nous avons eu de l’excellent soutien de la part de l’équipe, donc je n’ai aucun regret, mais c’est certain que c’est une position difficile, c’est sûr », a dit Harvey au sujet de ce qui a été une épreuve d’endurance envoûtante.

Le Canadien Alex Harvey (4) à l’épreuve masculine de skiathlon 15 km + 15 km aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang 2018, en Corée du Sud, le dimanche 11 février 2018. Il a terminé huitième. (Photo: LA PRESSE CANADIENNE/Nathan Denette)

Médaille ou pas, Harvey a eu de superbes Jeux olympiques. À ses quatre épreuves, il s’est classé quatre fois au top 10.

Aux épreuves individuelles, Harvey s’est classé septième au 15 km et huitième au skiathlon. À l’épreuve par équipes, Lenny Valjas et lui se sont rendus en finale et ont terminé huitièmes.

Et après ces performances, Harvey a pris le départ de la dernière compétition masculine de samedi, au Centre de ski de fond d’Alpensia.

Le Canadien Alex Harvey à l’épreuve masculine de skiathlon de 15 km + 15 km durant les Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang 2018, en Corée du Sud, le 11 février 2018. (Photo : Vaughn Ridley/COC)

Le Finlandais Iivo Niskanen s’est détaché du groupe seulement 17 km après le départ de la course et a poursuivi à un rythme éreintant aux côtés du Kazakh Alexey Poltoranin. Et non loin derrière, sur leurs talons, se trouvait l’Athlète olympique de Russie Alexander Bolshunov. Poltoranin a bientôt perdu son rythme et a suivi une lutte tactique entre le Finlandais et le Russe.

Quand Poltoranin a commencé à perdre sa forme de façon marquée sur les quelques derniers kilomètres, le deuxième peloton (qui ne comptait que quatre concurrents) mettant en vedette Harvey, a commencé à rattraper l’écart avec la médaille de bronze.

Harvey a confirmé qu’il savait, tout au long de la course, que le podium était en jeu. Il était sans cesse en contact avec le personnel canadien réparti sur le parcours qui lui fournissait des renseignements et de l’aide au besoin.

Alex Harvey (dossard 2) et deux skieurs norvégiens pendant l’épreuve du départ groupé 50 km à PyeongChang 2018 (Photo: CP).

« Nous savions qu’à un moment donné, avec Niskanen qui suivait à un rythme si effréné, certains de ces athlètes en paieraient le prix plus tard, donc nous y croyions toujours. »

Le plan était parfait. Tandis que Bonshunov a été en mesure de suivre le rythme de Niskanen, la troisième place s’ouvrait à l’horizon, comme prévu. Mais ce fut plutôt un autre athlète russe, Andrey Larkov, qui s’est démarqué du groupe et a remporté la dernière médaille en jeu avec un chrono de 2:10:59.6. Pour se garantir la quatrième position, Harvey (2:11:05.7) a dû étirer la jambe au fil d’arrivée après un dernier tour à couper le souffle où il a eu le dessus sur le Norvégien Martin Johnsrud Sundby par 0,1 s.

« J’étais assez fatigué, a admis Harvey, mais quand même pas trop pour devancer Sundby, j’imagine ».

Alex Harvey après avoir terminé la course de 50 km de ski de fond en quatrième place à PyeongChang 2018 (Photo: CP).

Harvey et Sundby, 33 ans, sont de bons amis qui s’affrontent sur des parcours enneigés dans bon nombre de pays de sports d’hiver devant de grandes foules d’admirateurs pendant la saison de ski de fond. Ses derniers efforts olympiques s’étant terminés de façon si dramatique contre un ami et rival ont donné lieu à une arrivée pittoresque pour Harvey.

« Nous étions en mode survie au dernier tour », a rigolé le Canadien, quoique que Sundby se soit servi de mots plus colorés pour décrire leur sprint – mots que l’on ne peut reproduire sur ce site Web –, lui qui a aussi aimé la fin, bien qu’il l’ait qualifiée de « stupide », ce qui est le qualificatif le moins offensant qu’ait utilisé le Scandinave pour résumer leurs quelques dernières minutes très ardues.

Avec moins de 10 km à faire, Niskanen a fait un arrêt rapide pour changer de skis et s’est retrouvé à presque une demi-minute derrière Bolshunov. Ayant quand même pu rattraper la différence, le Finlandais a enfin conclu la course au dernier tour quand Bolshunov a ralenti pour concéder la victoire à l’athlète ayant une technique supérieure et une meilleure planification de la journée.

Alex Harvey (dossard 2) en tête devant le peloton au départ de l’épreuve du départ groupé 50 km à PyeongChang 2018 (Photo: CP).

« Il a été fantastique. On s’y attendait », a affirmé Harvey au sujet du chrono de 2:08:22.1 de Niskanen qui lui a valu la médaille d’or, à presque 19 secondes devant Bolshunov. « À la réunion d’équipe d’hier, nous avons pensé qu’il mettrait le paquet en début de course, donc on s’y attendait. »

Harvey a aimablement qualifié Niskanen de « meilleur skieur en style classique au monde », et dimanche, il l’a effectivement prouvé. Malheureusement pour le Canada, son meilleur fondeur de l’histoire ne participera pas à une autre édition des Jeux olympiques, et bien qu’il n’ait pas terminé sur le podium olympique, Harvey a donné jusqu’à son tout dernier effort, et le pays peut lui en être reconnaissant puisque c’est tout ce qu’il exige de ses athlètes.

« Je me sentais bien, mais fatigué. En fait tout le monde était fatigué; on commence à avoir des crampes dans les jambes et dans les bras, on se concentre sur l’exécution seulement, et je pense avoir bien fait ça, mais j’ai tout simplement été battu par trois gars aujourd’hui. »