Pour une des meilleures joueuses de volleyball de plage du Canada, ce qui devait être une année d’emballement, de premières et de réalisation d’un rêve olympique a fait un 180 degrés.

Le report des Jeux de Tokyo 2020 en raison de la pandémie de COVID-19 a été à la fois une réalité à laquelle les athlètes autour du globe ont dû faire face et quelque chose que Brandie Wilkerson n’avait jamais prévu.

« Ça m’a totalement brisé le cœur et je pense que j’ai pleuré la première journée. J’étais très fâchée et parfois, ça revient. Je suis comme ‘Oh mon Dieu, j’ai travaillé des années pour ça. On sentait vraiment que ça allait être mon année’ », a confié Wilkerson à Olympique.ca.

À peine quelques mois après que le Comité international olympique eut fait l’annonce inédite en mars, Wilkerson a fait face à un autre défi – trouver sa voix contre les injustices raciales dans la vague du mouvement mondial Black Lives Matter.

Wilkerson est déménagée au Canada anglais à l’âge de sept ans, ne parlant pas un mot d’anglais. Malgré cela, sa famille et elle étaient excitées à l’idée de déménager dans un pays connu pour son multiculturalisme et où elle a vu que les différences étaient les bienvenues et étaient célébrées.

Elle est née en Suisse, terre natale de sa mère , et a donc le français comme langue maternelle. Son père, originaire du Texas, y jouait au basketball. Wilkerson dit que bien que cela n’ait jamais fait l’objet de grandes discussions, elle savait que sa famille était différente.

« Le racisme est quelque chose que mes deux parents ont vécu en Europe, puisque nous étions si près de la France dans les années 1980 et 1990, et que ce n’était pas ce que c’est maintenant. Alors il y a eu quelques difficultés là, même avec mon beau-père, qui est aussi Noir. Et puis ma mère a vécu du racisme aux États-Unis juste en étant blanche et mariée à un Noir. Ce sont des choses vraiment évidentes pour ma famille », a confié Wilkerson.

C’est après la mort de George Floyd en mai 2020 et les manifestations subséquentes du mouvement Black Lives Matter que Wilkerson a vraiment commencé à douter de ce qu’elle avait vu et entendu dans le passé.

Étant biraciale, Wilkerson dit qu’il y a un niveau de privilège, mais que l’histoire de chaque personne est différente. C’est cette révélation qui l’a pressée à avoir de profondes discussions avec sa famille.

« Nous comprenons tous que nous avons différentes interactions et expériences dans notre vie quotidienne, a expliqué Wilkerson. Nous sommes ouverts à parler de ces choses. Nous faisons des blagues sur les stéréotypes ou peu importe ce que c’est. Nous savons que nous sommes un genre de famille mixte un peu cinglée, mais de parler de véritables expériences, même avec mes plus jeunes frangins, d’avoir ce genre de conversations très intenses […], je pense que ça nous a sans aucun doute rapprochés.

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Lately it has been hard to see the light in all of this darkness. ⠀ I’ve been personally torn by the constant reminder of the binds that have dragged my Black ancestry down for centuries and the juxtaposition of privilege I’ve lived as a biracial athlete. And I know I’m not the only one, whether personally or indirectly we bear heavy hearts for the racial injustice that is still so prevalent today. ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ The time for change was long ago so now it’s time to catch up. And that change needs to come from everyone. 💯 ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ So let’s talk about the ‘new normal’ were all inching to get back to… When difference in race and culture strengthens us no longer divides When people of colour are finally free from decades of systematic oppression When the people benefiting from this system are outraged and urged to dismantle it When people acknowledge their privilege and listen When love & peace instead of destruction and death can send a message When we show up and fight for our Black communities so people of colour can finally heal Can finally breathe. ⠀ So let’s REALLY talk about a new normal. One that starts with knowledge, it grows into action, and it spreads with love. 🙏🏽🖤 ⠀ #powertothepeople #blacklivesmatter #equality #elevateandeducate #justicenow #georgefloyd #peacefulprotest #thisaffectsusall #representationmatters

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« Avoir une expérience biraciale m’a vraiment aidée à guérir, comprendre et faire l’apprentissage de ces expériences que ma famille a vécues, dont on ne parlait pas vraiment ou qu’on avait normalisées. »

Les questionnements, les expériences partagées et l’écoute de l’histoire des autres lui a fait prendre en considération ce qui se passait dans le monde autour d’elle. C’est alors qu’elle s’est tournée vers Instagram, non seulement pour partager ce qu’elle ressentait, mais aussi pour s’engager à trouver sa voix pendant cette période, alors qu’elle apprenait des autres et de ce qu’ils avaient vécu.

Ce faisant, elle explique qu’il est important de réfléchir sur le privilège qu’elle possède, en tant que femme biraciale, mais aussi d’avoir une perspective sur ce qui se passe dans le monde.

« Je pense que puisque j’ai du succès et parce que je me présente d’une certaine façon, les gens m’ont sortie de ma zone de confort avec l’expérience qu’une personne a peut-être avec la police, ressentant le danger, a indiqué Wilkerson. Peut-être que vous ne pensez pas à moi de cette façon parce que je parle d’une certaine manière, ou que j’ai fait certaines choses dans ma vie ou peu importe. Alors, je pense que c’est un privilège que j’ai […]. Je ne pense pas que ce soit juste. Cela m’éloigne aussi du fait que c’est un problème très sensible pour moi. Même si je n’ai pas eu d’attaques personnelles, ma famille est bien ancrée dans cette culture. Ce sont tous des Afro-Américains, ils ont vécu des choses. Alors, c’est près de moi. Ainsi, plusieurs personnes sont comme ‘Oh, je comprends que c’est important pour toi, mais ça ne t’arrive pas vraiment’ et je me dis, voilà! C’est exactement cela le problème. »

Peu importe le statut d’une personne, son expérience, sa race, son ethnicité, Wilkerson explique qu’il est important que tout le monde se sente égal, peu importe ce qu’il vit. Elle rappelle son passage en Californie à l’apogée des manifestations Black Lives Matter cet été.

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✨melanin magic ✨ Never missing a day to be thankful for the strength, legacy, beauty, and swag my ancestors have woven into the parts that make me uniquely me inside and out 🖤 ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀ Let’s honour the history and celebrate our future of diversity and excellency as we use this month, and hopefully every month, to promote rich history and culture & support and love one another ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ Happy Black History month 🙏🏽 #representationmatters #melaninqueen #mixedgirl #sheabutterbaby #blondeboxbraids #messygoddesslocs #happyblackhistorymonth #imissmybraids

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« Les gens posent des questions ou voient les manifestations et les gens se regrouper, et dans le monde du sport, que ce soit dans la NBA, dans la WNBA, peu importe, je pense que ce sont là de gros changements. C’est bien de voir que c’est différent de tout ce qui s’est passé dans l’histoire et avec les réseaux sociaux, de vivre ce moment inédit […] au bout du compte, on en parle. »

Avec tout ce que la conversation a créé, Wilkerson espère que d’autres vont apprendre de ce qui se passe, et sur comment le changement peut se produire en écoutant et en apprenant. Elle affirme que cette année a sans aucun doute été loin de ce qu’elle avait anticipé, même si elle était préparée pour tout. Cependant, elle est convaincue qu’il est important d’encaisser les coups.

« Au début de l’année, honnêtement et profondément, c’était lourd pour moi. C’était beaucoup. Je crois qu’il y avait juste beaucoup de tristesse, de colère et de frustration en plus des Jeux olympiques [reportés] et le mouvement BLM et tout ce qui se passait sur la scène politique et de l’environnement. C’est comme si je ressentais le poids du monde sur mes épaules. J’ai vraiment commencé à y aller étape par étape pour comprendre, voir ce que je pouvais faire pour aider ou guérir. Cela m’a aidée à résumer l’année au complet comme étant une année de transition. Avec chaque transition et chaque changement, des possibilités disparaissent, mais d’autres chances, occasions et portes s’ouvrent aussi à vous. Il s’agit de trouver quel est ce pivot […]. Cela m’a permis de me concentrer et de vraiment identifier ce qui est bon et positif dans toute cette situation. »

Wilkerson et son frère ont des tatouages assortis sur leurs poignets qui disent « Que sera, sera », qui veut dire « ce qui arrivera, arrivera »; un sentiment qu’elle a vraiment pris en considération cette année. Trouver et apprécier cet équilibre entre le bon et le mal dans tout et tout le monde, qui représenté par le tatouage du yin et du yang sur son poignet, fait aussi partie de ses réflexions sur 2020.

Avec ce mantra servant de philosophie imprégné sur son corps, Wilkerson et sa partenaire de volleyball Heather Bansley sont certaines que leur rêve olympique n’est pas disparu, mais qu’il est juste sur pause.

Le duo conclut son année avec quelques mois passés au Brésil, où elles ont eu du temps de qualité avec leur entraîneur, Rico de Freitas, à l’extérieur au soleil. Manifestant leurs objectifs olympiques dans le magnifique pays qui a accueilli les derniers Jeux d’été, les deux athlètes ont continué à garder leur positivisme et à vivre selon « que sera, sera » pendant ces temps incertains.