Lanni Marchant a l’habitude de faire face à l’adversité.

Alors quand la pandémie de la COVID-19 a fait basculer son monde d’athlète de haute performance, Marchant a simplement ajouté cela à sa liste de défis personnels à conquérir.

« C’est l’histoire de ma vie depuis toujours, affirme Marchant. [Mon père] avait des problèmes de dépendance et de santé mentale, alors j’ai vécu mon enfance dans ce milieu. Puis j’ai été la première personne de ma famille à aller à l’université et la première personne à obtenir un diplôme universitaire, alors oui, ç’a pas mal été la thématique pour une grande partie de ma vie. »

La coureuse et avocate de 36 ans, qui habite et s’entraîne actuellement à Boulder, au Colorado, a accompli beaucoup de choses dans sa carrière. Aux Jeux de Rio 2016, elle est devenue la première Canadienne à disputer les épreuves du 10 000 m et du marathon aux mêmes Jeux olympiques.

Il y a aussi eu des années remplies de blessures et de maladie. Depuis 2013, elle a surmonté des blessures à une jambe, qui ont mené à plusieurs chirurgies. Récemment, elle a combattu une infection à un rein et une pneumonie, ce qui a entraîné encore plus de temps passé à l’hôpital.

Ce qui était à l’origine prévu pour être la route vers Tokyo a plutôt été la route vers la guérison.

Lanni marchant

« Les trois dernières années ont été très difficiles, mais je suis une bien meilleure personne à cause de ça. Évidemment, j’aurais préféré éviter les opérations lourdes et les expériences qui frôlent la mort, mais je suis très reconnaissante pour la pause qui m’a forcée à rester tranquille dans ma vie d’être humain.

Ma vie d’athlète a été mise de côté un peu, mais je sens que je suis une personne beaucoup plus complète et que ma perspective des choses est beaucoup plus saine et meilleure. Je ne sais pas si j’échangerais l’ancien modèle de Lanni pour ensuite être prise avec. J’aime mieux le nouveau modèle. »

Marchant sera bientôt une athlète mentor du Clavardage d’Équipe Canada, un programme national du Comité olympique canadien, du Comité paralympique canadien et de Classroom Champions. Les discussions encouragent des millions d’étudiants canadiens à adopter et à relever des défis, prioriser la santé mentale et réaliser des objectifs.

Le vendredi 29 mai, elle se joindra à Tessa Virtue et à d’autres athlètes canadiens qui parleront en direct à des étudiants à travers le Canada sur les expériences et les leçons qui les ont aidés.

« C’est vraiment un concept génial et encore une fois, avec ce que j’ai vécu au cours des dernières années avec les blessures et la santé, ça semble naturel pour moi d’essayer d’avoir une influence positive sur les enfants et leur enseigner quelques-unes des leçons que j’ai apprises au cours des trois dernières années, et d’avoir une manière de redonner à la communauté après avoir reçu autant d’appui pendant les derniers Jeux olympiques. »

Lanni Marchant et son chien, Elle

Avant la séance en direct du Clavardage d’Équipe Canada, Marchant s’est entretenue avec Équipe Canada sur son parcours vers Tokyo, sur son meilleur ami à quatre pattes et sur les burgers, entre autres.

Comment as-tu réagi quand tu as appris le report des Jeux olympiques?

J’étais très fière de la décision d’Équipe Canada de ne pas aller aux Jeux s’ils avaient lieu comme prévu… J’ai travaillé très fort au cours des dernières années pour surmonter des obstacles, mais c’était la bonne décision et une fois que le CIO a annoncé le report, tout le monde a poussé un soupir de soulagement.

Pour moi, en raison des trois dernières années de maladie, de blessures et de multiples chirurgies, je ne l’ai pas pris aussi durement que d’autres, parce que je m’étais principalement remise en forme pour me faire opérer. C’était l’objectif principal, d’être en forme pour l’opération, alors maintenant, je me dis plutôt « OK, je serai juste en forme pour la prochaine année »… Je m’adapte au fur et à mesure et j’essaie de rester en forme, alors quand le monde s’ouvrira à nouveau, je serai prête, au lieu de rester assise à boire de la bière toute la journée pour réaliser « Oh-oh, tu n’es plus en forme du tout! ». (rires)

Peux-tu me parler de ton chien Elle?

(Rires) Son nom est Elle, en l’honneur d’Elle Woods (du film Blonde et Légale), qui était aussi mon surnom à l’école de droit parce que mon prénom commence par un « L ». J’étais la fille qui se présentait en classe avec un cahier de notes et une tonne de stylos de différentes couleurs parce que je mémorisais mieux mes notes si je savais quelle couleur j’avais utilisée.

Lanni Marchant donne une gâterie à son chien, Elle

J’imagine qu’elle est de bonne compagnie pour toi, particulièrement au Colorado?

C’est bien de l’avoir. Elle est le résultat d’une des décisions les plus irréfléchies que j’ai prises dans ma vie, mais c’est aussi la meilleure… Je pense que je serais devenue folle pendant la quarantaine si je n’avais pas eu mon chien à qui parler. On ne réalise pas à quel point on parle à nos animaux (rires). « Veux-tu aller faire une promenade? Allons faire une promenade! » Puis je me dis, mais pourquoi je lui parle? Elle ne comprend même pas la différence.

Il y a une citation d’Audrey Hepburn qui dit : « Les gens, encore plus que les choses, doivent être restaurés, renouvelés, ravivés, récupérés et réclamés; il ne faut jamais jeter personne. » C’est un peu comment je me sens avec les animaux des refuges. Ils n’étaient peut-être pas les bons pour la maison d’une personne, mais ils le seront pour la maison de quelqu’un d’autre. Dans les trois dernières années, avec les blessures et la maladie, j’ai toujours espéré que les gens ne me mettent pas à part et ne me rejettent pas, alors je sentais que je devais contribuer pour sauver une créature quelque part.

Crois-tu que tu es maintenant dans une position pour t’entraîner à un niveau olympique pour avoir une chance d’aller à Tokyo?

Je l’étais, mais on a reculé à la mi-avril quand on a réalisé que la COVID allait durer un moment. On voulait tirer avantage du fait que pour la première fois en trois ans, je suis en santé pour m’entraîner fort, alors on y va avec trois ou quatre semaines d’entraînement intensif, puis une semaine à 10 jours à faire ce que je veux.

Je n’ai pas la base solide que j’ai déjà eue, quand que je pouvais juste fermer mes yeux et courir un marathon parce que c’était beaucoup plus facile (rires). Alors on essaie d’être conscients de ça et de s’assurer de garder le niveau d’entraînement assez élevé pour que je puisse bâtir là-dessus et profiter de cette année de plus, sans que ce soit trop, particulièrement parce que les cliniques de masso et de physio sont fermées, mais on s’assure que je ne fais rien de trop agressif qui pourrait me mettre à l’écart à nouveau pour une simple stupidité.

Le Canada a nommé une athlète (Dayna Pidhoresky) pour le marathon féminin olympique, ce qui laisse deux places à prendre, et trois femmes ont déjà réalisé le critère de qualification. Comment est-ce que ça affecte ta motivation ou ta façon d’attaquer le défi qui est devant toi?

Je pense que ça va vouloir dire beaucoup plus, sachant qu’il y a beaucoup de profondeur au Canada. Même si je n’avais pas vécu cette chute constante au cours des trois dernières années, il aurait été très difficile de me tailler une place au sein de l’équipe… C’était bien d’être une des femmes au sommet, mais il y avait beaucoup de pression à être là, alors j’aime le fait que j’ai maintenant ces femmes fantastiques de qui m’inspirer et que je dois chasser. Comme je suis dans la trentaine, cela m’a beaucoup aidée que quelques-unes d’entre elles soient encore un peu plus vieilles que moi; je suis enthousiaste à l’idée que je n’ai rien raté et que je ne suis pas trop vieille pour le sport.

De quoi as-tu le plus hâte à Tokyo? Quelle est la chose que tu préfères faire?

La nourriture. Tu peux trouver des sushis partout (rires). Et les gens. Tout est si propre et tout le monde est si poli et accueillant et emballé de voir les compétitions. Le Japon est l’un des endroits les plus importants pour les marathons et c’est un endroit vraiment génial où se trouver.

Lanni Marchant court dans un paysage verdoyant.

Est-ce qu’il y a des similitudes entre une marathonienne olympique et une avocate?

Il faut être très tenace dans les deux cas (rires). C’est un long parcours; de se préparer pour une cause, c’est beaucoup de travail de terrain et de préparation. Ça prend de la patience, une construction, un apprentissage et de la compréhension et c’est exactement ce qu’est le marathon – ils sont à 100% la même chose.

Beaucoup de gens ont commencé à courir davantage pendant la pandémie. Quel conseil donnerais-tu aux débutants?

Le moins est le mieux (« less is more »). Pas besoin de sauter en bas de son divan pour aller courir une heure. Commencez par de la marche rapide. Il n’y a pas de honte là-dedans. Je le fais encore les jours où je suis super fatiguée. Tu prends la décision de le faire parce que c’est quelque chose que tu veux faire, et il faut s’assurer que ça reste amusant. Ainsi, tu vas comprendre l’emballement de la course, peu importe ton niveau. Plus tu le fais avec constance, meilleur(e) tu seras et tu verras de gros gains en peu de temps. J’appelle ça le coup de deux semaines (« two-week hump »). Si tu ne lâches pas et que tu cours plus que tu ne le faisais, ça devient exponentiellement plus facile après les deux premières semaines.

Courir un marathon signifie passer beaucoup de temps seul et l’isolement volontaire est quelque chose que l’on vit tous en ce moment. Est-ce que ton expérience de coureuse t’a aidée au confinement?

Oui. La plupart de mes amis coureurs de fond et moi avons blagué sur le fait que nos vies n’avaient pas vraiment changé pendant la quarantaine (rires). Dans ma vie de tous les jours, je ne le remarque pas vraiment à part le fait qu’il n’y a pas de sport à regarder à la télévision et que je dois porter un masque quand je vais à l’épicerie. Cependant, je crois que le fait de pratiquer un sport individuel, contrairement à un sport d’équipe comme le basketball ou le hockey, a fait que cette période est moins traumatisante que j’imagine qu’elle l’est pour les autres athlètes qui sont habitués de voir leurs coéquipiers chaque jour.

Tu t’es autoproclamée fine connaisseuse de burger; qu’est-ce qui fait un bon burger?

Il faut que ce soit un de ceux qui font des dégâts et qui sont difficiles à manger et qui te laissent des coulisses de gras jusqu’aux coudes. Pour moi, c’est ça, un bon burger. Quelques personnes aiment ça plus nature ou avec des garnitures folles. Je peux me ranger des deux côtés, mais ça doit être bon, juteux et dégoulinant. Il ne devrait pas y avoir une façon polie de manger ce burger. C’est ce qui fait un bon burger.

Qu’est-ce que signifie pour toi « Nous sommes tous Équipe Canada »?

Nous faisons tous partie d’une grande communauté. Qu’on soit athlète ou qu’on en connaisse un(e), nous sommes une nation qui ne fait qu’un et nous sommes tous Canadiens. Peu importe où tu es dans le monde, il y a un sens d’unité et de fierté qui vient avec ça et particulièrement pendant cette pandémie, on l’a vraiment rappelé aux gens.