Un texte de Crystal Emmanuel

Je suis née à Toronto, mais j’ai surtout été élevée à la Barbade. Enfant, je connaissais et j’avais entendu parler du Mois de l’histoire des Noirs, mais ce n’était pas autant mis de l’avant qu’au Canada.

Alors ce n’est que lorsque j’ai redéménagé ici à l’adolescence et que j’en ai plus entendu parler que j’ai réalisé à quel point c’était important pour les personnes Noires de briller, que ce soit en sports ou quoi qu’ils choisissent. Et ce n’est pas seulement important pendant un mois, ce l’est en tout temps.

Le seul fait de pouvoir faire du sport en tant qu’athlète féminine noire est très important. Mais ç’a été une expérience d’apprentissage pour moi d’écouter d’autres personnes parler de leur histoire et de comment ils ont eu des difficultés et se sont sortis de ces difficultés. Je comprenais mieux pourquoi et comment les Noirs ont pu participer à des compétitions sportives.

Comment le sport m’a aidée

Comme jeune athlète à la Barbade, c’était excitant. Quand il y a une journée où le sport est à l’honneur, les gens sortent tambours et trompettes et la musique joue et tout le monde célèbre et s’amuse. D’être élevée dans un pays aussi magnifique et de voir la culture de mes parents, c’était une période vraiment spéciale dans ma vie.

Quand j’ai déménagé au Canada en 2008, ç’a été une grosse adaptation. Je ne voulais pas quitter la Barbade. Démarrer une nouvelle vie à Toronto, c’était différent. Aller à l’école était plus difficile parce que notre curriculum était différent à la Barbade. J’étais aussi la nouvelle, et il y avait beaucoup de gens qui m’agaçaient parce qu’ils disaient que je ne parlais pas un bon anglais et ils ne pouvaient pas me comprendre à cause de mon accent.

Ç’a été plutôt difficile, mais c’était correct parce que j’avais les sports pour me guider.

Les sports m’ont empêchée de suivre les mauvais groupes et de faire des trucs que je ne devais pas faire. Quand l’école se terminait chaque jour, je devais aller directement à ma pratique au lieu d’aller faire des trucs malicieux au centre commercial. Ç’a m’a guidée dans la bonne direction, en termes de focus à l’école et dans le sport. Ça m’a faire comprendre que j’avais de l’importance dans le sport et que je voulais y évoluer.

Représenter le Canada

J’ai été à deux Olympiques (jusqu’à maintenant) et quand tu es dans le Village des athlètes, tu sens que tu es un monde d’égalité. Tout le monde est content et profite de la fête et s’encourage mutuellement. Ce serait génial de sortir ça du monde du sport et du monde olympique et de montrer qu’on peut être unis et s’entraider pour construire et être formidable dans le monde.

Aux Olympiques, tout le monde se rassemble et le Village est comme une petite communauté pendant environ un mois. Tu n’entends pas « oh, je n’aime pas cette personne à cause de sa race » ou des trucs comme ça. Tu vois une tonne de gens qui veulent aider, des gens qui acceptent les autres et qui deviennent amis, pas à cause de la couleur de leur peau, mais grâce au sport qu’ils pratiquent et à quel point c’est cool. Dans la vie de tous les jours, les gens sont souvent soit effrayés ou nerveux de sortir de leur zone de confort et de rencontrer de nouvelles personnes et découvrir ce qui les aide à passer au travers de chaque journée.

Equipe Canada - athletisme - Crystal Emmanuel - Rio 2016

Crystal Emmanuel, Rio 2016. 15 août 2016. Photo du COC/Mark Blinch

De pouvoir faire face aux meilleurs au monde, partout dans le monde, tout en portant la feuille d’érable sur mon uniforme… C’est pratiquement de sortir de l’ombre et montrer à tous qu’il y a des athlètes comme moi et que le Canada est fier de nous avoir nous, des athlètes noirs. Ils nous encouragent et ils ne nous jugent jamais sur la couleur de notre peau. Ils nous encouragent à tout coup. Ils nous réconfortent à tout coup. Et ils nous disent que peu importe qu’on gagne ou qu’on perde, ils sont fiers de nous.

D’entendre qu’ils sont fiers, peu importe nos résultats, ça donne beaucoup de puissance. C’est mon carburant. Il y a peut-être une petite fille ou un petit garçon quelque part qui se dit « je veux être un ou une athlète un jour » en nous voyant leur montrer qu’il y aura toujours quelqu’un pour les encourager.

J’aime être un modèle pour les jeunes athlètes. Quand je les rencontre, ils deviennent excités et nerveux en même temps. En voyant ça, je sais que je dois continuer à faire ce que je fais pour montrer que je suis forte et que je n’abandonne jamais, pour qu’il se disent « j’ai entendu l’histoire inspirante de Crystal Emmanuel et un jour je serai exactement comme elle », ou « je vais créer ma propre histoire et rendre le Canada fier ».

Inspirer grâce à Instagram

Mes médias sociaux servent surtout à donner de la force aux femmes. Parfois, les messages me viennent en tête juste comme ça. Parfois, je les trouve dans une chanson ou sur un site de citations. Pour moi, le plus important est d’être une inspiration pour les femmes et les filles, les jeunes femmes autour du monde, de leur montrer qu’on peut être forte, magnifique et athlétique. Être la femme la plus rapide au Canada sans vraiment recevoir la reconnaissance pour ça me pousse à donner aux femmes et aux filles l’élan qui leur faut pour suivre mes traces. Je suis magnifique et je fais aussi de l’athlétisme.

Je peux être la voix qui dit : « Je suis là. J’ai besoin que tu me voies comme je suis quand je coure pour être la meilleure au monde. »