Qu’est-ce que ça signifie réellement, être « soi-même »?

J’imagine que certaines personnes se définissent par ce qu’elles ressentent ou ce qu’elles ne peuvent pas changer chez elles : leurs préférences, ce qui les fait rire, ce qui les attire.

Je vieillis et j’expérimente davantage. Par le fait même, je me surprends à apprendre de plus en plus sur qui je suis. Une nouvelle expérience peut me permettre de découvrir que j’adore une chose que je n’avais jamais imaginé aimer.

Quand j’étais enfant et que je grandissais dans la petite communauté minière de Red Lake, en Ontario, il est évident que je ne savais pas réellement qui j’étais. Mais je rêvais à celui que j’espérais être.

Le patinage artistique que je regardais à la télévision me rappelait la sensation de voler. L’esprit olympique allumait en moi quelque chose que je ne pouvais pas comprendre à cet âge.

On se projette 25 ans plus tard. J’ai maintenant trois médailles olympiques. J’apprécie mes succès, ainsi que la force et la persévérance que j’ai démontrées au cours de ma carrière.

Cependant, quand je regarde derrière, je constate que les choses les plus importantes que j’ai apprises concernent qui je suis.

Meagan Duhamel et Eric Radford célèbrent avec leurs coéquipiers après avoir conclu leur programme à l'épreuve par équipe aux Jeux olympiques de PyeongChang

Les Canadiens Meagan Duhamel et Eric Radford célèbrent avec leurs coéquipiers après avoir conclu leur programme à l’épreuve par équipe aux Jeux olympiques de PyeongChang, le 11 février 2018. Photo : AP Photo/Morry Gash

Je suis férocement compétiteur, analytique et empathique. Être gentil avec les autres me rend plus fort. J’ai une peur profonde de l’échec, de décevoir les gens.

Et parfois, on apprend des choses à propos de soi que l’on refuse d’accepter.

Quand j’ai commencé à comprendre que j’étais peut-être gai, j’ai tout fait pour le combattre.

Les patineurs artistiques Meagan Duhamel et Eric Radford sur la glace des Jeux olympiques de PyeongChang 2018.

Les Canadiens Meagan Duhamel et Eric Radford aux Jeux olympiques de PyeongChang, le 9 février 2018. Photo : AP Photo/Morry Gash

Je me suis promis que je ne succomberais jamais à ce que je ressentais. Bien sûr, il était impossible de me débarrasser de ce sentiment. Au fil du temps, avec l’aide de ma famille et de mes amis, j’ai accepté ma sexualité et qui je suis.

Cette sensation de liberté, de confort et de confiance qui a accompagné cette acceptation s’est reflétée sur la glace. Ma partenaire de patinage et moi avions alors une nouvelle attitude et une nouvelle confiance.

Nous avons commencé à accorder moins d’importance à ce que les autres pensaient de nous et nous nous sommes concentrés à devenir la meilleure équipe possible.

Meagan Duhamel et Eric Radford avec leur médaille d'or au cou aux Championnats du monde de patinage artistique 2015

Meagan Duhamel et Eric Radford avec leur médaille d’or aux Championnats du monde de patinage artistique, le 26 mars 2015. Photo : Ng Han Guan

Ce sentiment nous a menés vers une saison parfaite et notre premier titre de champions du monde.

Remporter ce titre m’a procuré une sensation incroyable, mais la gloire est de courte durée. Le sentiment d’être bien dans ma peau, lui, je le ressens chaque jour.

Et quand on y pense, existe-t-il une émotion plus agréable que d’être soi-même et ne pas prêter attention à ce que les autres peuvent bien penser de nous?

Les patineurs artistiques Meagan Duhamel et Eric Radford sur la glace lors de l'épreuve par équipe des Jeux olympiques de PyeongChang 2018

Les patineurs artistiques Meagan Duhamel et Eric Radford lors de l’épreuve par équipe des Jeux olympiques de PyeongChang, le 11 février 2018. AP Photo/David J. Phillip

Certaines personnes peuvent se demander quel est le rapport entre le sport et la sexualité, la race ou même la religion. Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’un athlète soit gai ou pas?

Le fait d’être homosexuel ne m’a pas trotté en tête quand je me tenais sur la glace aux Jeux olympiques, en train d’attendre les premières notes de musique de ma chorégraphie. Par contre à ce moment, je n’avais aucune peur ni inquiétude à mon sujet.

C’est ce que le mouvement olympique représente. C’est un exemple brillant de la manière dont le sport unit les gens, peu importe leur passé.

Le Champion olympique Eric Radford devant la boutique «Sois Toi» à Toronto

Le Champion olympique Eric Radford donne le coup d’envoi de la boutique «Sois Toi» à Toronto, le 22 juin 2018. Photo : Adam Pulicicchio/COC

Mon histoire s’ajoute à celle de tous les athlètes LGBTQ+ qui ont fait tomber les barrières et qui ont pavé le chemin avant moi, dans l’espoir que les prochaines générations ne célèbrent pas uniquement nos réussites, mais aussi nos différences.

Prenez une profonde respiration, profitez du moment et sachez que nous croyons en qui vous êtes.