Alors… c’était comment d’être dans le bob?

C’est la question qui m’a le plus souvent été posée dernièrement.

Maintenant que je suis de retour à l’entraînement en athlétisme, les athlètes qui m’ont vue gagner le bronze aux derniers Jeux olympiques d’hiver en bobsleigh m’abordent avec des étoiles dans les yeux et une curiosité sur tout le processus.

Et ç’a été amusant de leur décrire un monde totalement différent – un monde où les manteaux, les pantalons de neige et les gants sont indispensables et où se déplacer à 150 km/h est juste une journée banale à l’entraînement.

Je leur explique comment je passais des heures en gymnase pour être plus forte et gagner 20 lb de masse musculaire.

Je leur explique comment j’ai dû apprendre à passer plus de temps au sol avec chaque pas pour créer de la puissance et de la force, un contraste flagrant avec le rebond réactif auquel les sprinteurs sont habitués.

Puis quand je me suis présentée pour ma première course de la saison, je n’ai pu m’empêcher de rire quand l’annonceur a dit athlète olympique d’été et d’hiver avec mon nom.

Mais voilà ce qu’il y a de bien à être athlète olympique d’été et d’hiver : les prochains Jeux sont toujours imminents!

En février 2018, j’étais à PyeongChang et il faisait -20°C, puis en avril 2018, j’étais à Phoenix et il faisait 20°C, amorçant ma transition vers la piste d’athlétisme. Malgré qu’on puisse croire qu’il y ait plusieurs similitudes, l’entraînement nécessaire pour rivaliser à un calibre élevé en bobsleigh par rapport à celui en athlétisme est très différent.

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Je savais que si je voulais être prête pour les Championnats du monde d’athlétisme 2019 et être tout feu toute flamme aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, je devais retourner sur la piste le plus vite possible. Je me suis donné un mois pour célébrer le bon travail réalisé et profiter de mon statut de médaillée olympique.

Après ma transition vers le bobsleigh, je savais que ma transition de retour en athlétisme serait un grand défi. Cependant, l’athlétisme est mon pain et mon beurre. C’est ce que je fais depuis 14 ans. Je suis une double finaliste olympique au 100 m haies.

Ça ne pouvait certainement pas être si difficile, n’est-ce pas?

Mais voilà le problème : après avoir mis toutes mes énergies pour être au sommet de ma forme aux Jeux, il est très difficile de trouver la motivation pour continuer à m’entraîner.

La seule manière de décrire mon premier entraînement à mon retour en piste serait :

Bof…

Pas d’éclat.

Pas d’excitation.

Et puis il y avait ces 20 lb en surplus. Mon cerveau s’est poliment informé à savoir à qui appartenait ce corps. « Puis-je ravoir l’ancien? »

S’il y a une chose que le bobsleigh m’a apprise, c’est l’importance de la patience et de la confiance dans le processus. Des choses spéciales se produisent quand on a une confiance totale en soi, qu’on laisse aller les inquiétudes et qu’on se met simplement au travail. On commence à voir les choses d’une manière complètement différente.

Je me souviens de moments où les gens autour de moi étaient certains que je n’arriverais pas à faire partie de l’équipe olympique d’hiver, mais j’ai continué de travailler.

Je me suis rappelé que l’accent est toujours mis sur le portrait global et c’est là où j’allais.

Alors, je me suis fait une promesse.

Je passerais la saison 2018 à seulement prendre du temps pour me remettre en forme pour l’athlétisme. J’ai décidé de renoncer au 100 m haies et de seulement sprinter à la place. J’ai décidé d’avoir du plaisir tout en travaillant sur ma vitesse et en perdant le poids gagné pour le bobsleigh. J’ai décidé de travailler sur les petites choses techniques que j’avais généralement négligées par le passé.

J’ai remporté une médaille de bronze au 100 m des Championnats canadiens et j’ai aidé l’équipe canadienne féminine du relais 4×100 m à gagner le bronze aux Championnats de la NACAC. Pas si mal pour une année de transition.

Crystal Emmanuel, Phylicia George, Jellisa Westney et Shaina Harrison célèbrent leur médaille de bronze au relais 4×100 m féminin le 12 août 2018 au Varsity Stadium de Toronto. (COC / Thomas Skrlj)

J’ai commencé ma saison d’athlétisme 2019 revigorée, motivée et prête.

Prendre une pause de la piste en 2018 et commencer un nouveau sport m’a forcée à voir les choses comme une débutante à nouveau. C’était rafraîchissant de ne pas avoir d’attentes sur la façon dont les choses devraient être faites ou ressenties, mais de simplement vivre le moment présent.

Maintenant que j’ai une toute nouvelle perspective, cela sert de rappel d’apporter une curiosité à chaque entraînement sur piste parce qu’il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre, une volonté de laisser-aller, de se lancer dans de nouvelles choses et même faire face à la peur. Et maintenant que j’ai recommencé à courir le 100 m haies, je devrai sans aucun doute faire face à de nombreux obstacles.

Cette année, le fond d’écran de mon téléphone dit : « Ce que tu fais chaque jour importe plus que ce que tu fais une fois de temps en temps ». Mon but cette année est d’atteindre une régularité dans les petits aspects. Je sais que l’excellence est créée par les choses qu’on fait quotidiennement – les choses qu’on fait les jours où l’envie n’y est pas vraiment.

J’ai vu en moi un développement immense en sortant de ma zone de confort pour faire du bobsleigh.

Maintenant que je suis de retour sur la piste d’athlétisme, je me force à me mettre constamment au défi pour repousser mes limites. À travers l’entraînement constant et intentionnel, mes pieds quittent le sol plus vite que jamais. Je montre à mes jambes que même lorsqu’elles sont fatiguées, elles en ont encore à donner.

Le 100 m haies est une question de rythme et même la plus petite erreur technique peut être impardonnable. Alors je me suis engagée à faire toutes les répétitions nécessaires, encore et encore, à pratiquer non pas jusqu’à ce que je les fasse bien, mais jusqu’à ce que je ne sois pas capable de les faire autrement.

En 2019, je suis reconnaissante pour les deux championnats majeurs où je pourrai continuer à perfectionner mon art. Premièrement, je participerai aux Jeux panaméricains de Lima, au Pérou, en août, puis aux Championnats du monde de l’IAAF à Doha, au Qatar, en septembre. En en 2020, j’espère faire partie de ma quatrième équipe olympique à Tokyo.

Kaillie Humpries et Phylicia George, du Canada, reçoivent leurs médailles de bronze au bobsleigh (bob à deux) pendant les Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang 2018 à PyeongChang, en Corée du Sud, le 21 février 2018. (Photo de Vaughn Ridley / COC)

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Je suis tellement fière d’avoir remporté une médaille olympique aux Jeux d’hiver pour le Canada. En repensant à la journée de la course à PyeongChang, je me souviens d’une mer de feuilles d’érable dans les estrades où les gens étaient survoltés. Ça m’a procuré une énergie comme rien d’autre n’aurait pu le faire. Ils étaient comme de la famille et pour moi, ça n’a qu’augmenté le désir de faire encore mieux.

Quand on a croisé le fil d’arrivée et que j’ai réalisé qu’on avait gagné une médaille, j’ai senti une vague d’émotions pures, sans filtre, alors que je repensais à tout le chemin parcouru pour en arriver là. C’était un moment surréel que je chérirai pour toujours.

Aujourd’hui, mon objectif est de créer plus de moments comme celui-là à Tokyo – de me retrouver sur le podium avec une médaille à mon cou et une mer d’unifoliés resplendissants de fierté canadienne.