Une luxation de l’épaule. Une fracture du poignet. Une déchirure au tendon. Une entorse à la cheville.

Ce sont là quelques-unes des nombreuses blessures subies par les athlètes et qui se remarquent facilement en raison de l’écharpe, du plâtre, de l’attelle ou de la botte orthopédique qu’ils portent. Ils marchent en boitant. Ils grimacent au moindre faux mouvement.

Pour les athlètes qui ont subi une commotion cérébrale, les signes de blessure ne sont pas aussi évidents.

Qu’est-ce qu’une commotion cérébrale et quels sont ses symptômes?

Une commotion cérébrale est un processus compliqué qui se produit dans le cerveau suite à un événement traumatique qui transmet des forces biomécaniques à la tête. Bien que nous ne voyions habituellement pas de dommages physiques causés par une commotion cérébrale sur les procédés courants d’imagerie médicale, nous savons que cela modifie la façon de fonctionner du cerveau.

C’est ce qu’on peut appeler une blessure invisible.

Dans la tâche « Object Hit » (frappe d’objet), un athlète est invité à frapper des cibles à l’aide des bras gauche et droit de la technologie robotique KINARM. Dans l’évaluation initiale (en haut, « Baseline »), 77 % des cibles ont été touchées, avec des vitesses de 40,48 cm/s de la droite et 36,01 cm/s de la gauche. Dans l’évaluation post-commotion cérébrale (en bas, « Post-Concussion »), seules 63,3 % des cibles ont été touchées, avec des vitesses plus faibles de 21,33 cm/s de la droite et 20,44 cm/s de la gauche. Image fournie par Benson Concussion Institute / Institut canadien du sport, Calgary

Dans certains cas, elle peut être assez facile à reconnaître quand il y a une perte de conscience ou des convulsions, quand la personne vomit ou a des comportements agités ou combatifs, de la confusion ou qu’elle trébuche ou a des problèmes d’équilibre ou de démarche. Dans d’autres cas, les signes précurseurs peuvent être subtils, comme un regard vide ou sans expression, une lenteur à se relever, une difficulté à répondre aux questions ou une mauvaise articulation dans le langage.

Les signes et les symptômes d’une commotion cérébrale peuvent apparaître immédiatement après la blessure ou prendre quelques minutes, quelques heures, voire quelques jours avant d’éclore. Quand le cerveau ne fonctionne pas adéquatement, les athlètes qui continuent à pratiquer leur sport et qui n’obtiennent pas les soins appropriés peuvent risquer de prolonger leur récupération, de subir d’autres blessures ou même de se retrouver avec des complications plus tard dans la vie.

Le cerveau est votre centre de commandement et vous en aurez toujours besoin. Il faut donc le traiter avec respect, du moment de la blessure jusqu’au terme de la récupération.

Qu’est-ce qui est fait en matière de commotions cérébrales dans le sport canadien?

Pour s’assurer que les athlètes olympiques et paralympiques de haute performance du Canada sont en santé, les médecins en chef du RISOP du Canada, d’À nous le podium (ANP), du Comité paralympique canadien (CPC) et du Comité olympique canadien (COC) ont collaboré dans l’élaboration de lignes directrices globales et normalisées afin d’offrir des soins de santé pour les athlètes, les entraîneurs, le personnel et les officiels du système sportif de notre pays qui en font un chef de file mondial en la matière.

Toutes les équipes nationales du Canada utiliseront ces lignes directrices, mises en œuvre après 18 mois d’examen et de révision par les organismes mentionnés plus haut ainsi que par une équipe de médecins de l’Académie canadienne de la médecine du sport et de l’exercice et Parachute Canada, un organisme + national dévoué à la prévention des blessures.

LIRE : Lignes directrices en matière de commotions cérébrales liées au sport pour les athlètes nationaux de haute performance et de prochaine génération du Canada

Notre grande priorité est la santé et la sécurité de l’athlète. Nous désirons avoir un processus normalisé pour nos athlètes de haute performance, depuis l’étape d’éducation en préparation et les évaluations de référence en passant par les évaluations médicales sur place, la gestion individualisée et le retour sécuritaire à la pratique sportive. Peu importe où les athlètes se blessent, ils auront droit à la même approche normalisée dans la gestion de commotions cérébrales.

Un élément clé des lignes directrices est l’éducation de tous ceux qui travaillent de près avec les athlètes. Chaque équipe nationale compte sur un réseau intégré de personnel de soutien – médecins, physiothérapeutes, experts en conditionnement physique, en physiologie, en nutrition et en performance mentale, qui appuient l’entraîneur et l’athlète dans l’environnement quotidien d’entraînement. Ensemble, ils offrent une approche collective à la santé et au mieux-être total de l’athlète pour améliorer ses performances.

Les équipes nationales feront subir une évaluation globale à leurs athlètes avant le début de la saison de compétition. Cela comprend des évaluations médicales, une discussion sur leurs antécédents médicaux, portant notamment sur les incidences passées de commotions cérébrales et de comorbidités connexes. Les médecins effectueront une multitude d’évaluations cliniques sur les commotions cérébrales pour connaître leurs athlètes sur le plan subjectif et objectif individuel quand ils sont en santé.

Dans la tâche « Trails B Neurocognitive », il est demandé à un athlète de relier les chiffres et les lettres par ordre chronologique. Dans le test de base, à gauche (« baseline »), le temps total de la tâche était de 31,62 secondes. Lors du test post-commotion cérébrale, à droite («Post-Concussion »), le temps total de la tâche était de 80,02 secondes. Image fournie par Benson Concussion Institute / Institut canadien du sport, Calgary

L’élément d’apprentissage est important pour identifier qu’un ou une athlète a possiblement subi un traumatisme crânien à l’entraînement ou en compétition, particulièrement en raison de la nature invisible d’une telle blessure. Le soupçon de blessure est la première étape. Tous les intervenants ont un rôle à jouer à cette étape. L’identification hâtive et l’intervention rapide est ciblée, les stratégies individualisées de gestion sont cliniquement importantes afin de potentiellement réduire la durée de cette blessure.

Il est peu surprenant que les athlètes de haute performance désirent retourner à la compétition aussi tôt que possible. Il pourrait y avoir de fausses conceptions chez les athlètes que la résolution des symptômes signifie qu’ils se sont remis de leur incident. Il est maintenant reconnu que la fenêtre de récupération physiologique est habituellement plus longue que la période de récupération des symptômes.

Il y a une pression additionnelle pour pousser l’enveloppe quand une blessure interrompt les préparatifs pour des championnats nationaux, des championnats du monde ou des Jeux olympiques ou paralympiques. L’éducation accrue sur les commotions cérébrales, combinée à des techniques améliorées en médecine et en science pour évaluer et traiter les traumatismes crâniens, aident à convaincre les athlètes et leurs équipes de soutien qu’une récupération complète présente des avantages à court et long terme au chapitre de la performance et de la santé.

Cela peut être très difficile pour les athlètes, qui peuvent se perdre dans le moment présent quand ils sont blessés. Ils commencent à regarder le calendrier et leurs compétitions à venir et ils peuvent ressentir qu’ils ont perdu cet avantage compétitif, ce qui aggrave les symptômes en raison de l’anxiété que cela crée.

Les athlètes luttent toujours pour aller chercher les petits gains qui feront de leurs rêves de podium une réalité. Cependant, il est important pour eux de comprendre que rater les déficits subtils d’une commotion cérébrale peut entraîner de grosses conséquences dans un contexte sportif à risque élevé.

La lutteuse d’Équipe Canada Erica Wiebe subit une évaluation de la technologie robotique KINARM qui permet aux experts de comparer le fonctionnement cérébral d’un athlète en bonne santé par rapport à ses résultats après une commotion cérébrale. Photo: Dave Holland

Par l’entremise de recherche appliquée appuyée par ANP et de projets innovateurs sur les commotions cérébrales, nous avons évalué l’utilité clinique d’un nouvel outil robotique d’évaluation et des techniques de gestion afin de vérifier la récupération physiologique et la disposition à revenir au sport suite à une commotion cérébrale.

La récupération physiologique est non seulement essentielle pour un retour réussi au sport de haute performance, mais sert aussi à réduire le risque pour l’athlète de subir une autre blessure potentiellement catastrophique.

Tous ceux impliqués dans la carrière des athlètes ne doivent pas oublier que bien que nous les voulions à leur meilleur dans la représentation de leur club ou du pays en compétition, il est important de comprendre qu’ils auront besoin de leur cerveau pour le reste de leur vie.

Dr Brian Benson est le médecin en chef de l’Institut canadien du sport de Calgary et directeur médical de la Benson Concussion Institute Inc.