Dans les moments qui ont suivi sa médaille de bronze olympique, nous avons demandé à Kaetlyn Osmond de parler de sa saison 2014-2015 qu’elle a manquée en raison d’une fracture de la cheville ayant nécessité deux chirurgies.

« On dirait que ça fait mille ans, dit-elle. Et dire que j’ai presque accroché mes patins pour de bon quand c’est arrivé, c’est extraordinaire. Il ne faut pourtant pas croire que j’aurais été capable d’aussi bien performer aujourd’hui sans cette blessure. Je me suis recentrée sur moi-même et je suis presque une nouvelle personne depuis ce temps. »

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Kaetlyn Osmond a offert sa meilleure performance en carrière en finale de PyeongChang 2018. (Photo: Vincent Ethier/COC)

Cette nouvelle personne a réussi ses sept triples sauts prévus, lui valant des records personnels à son programme libre et sa note totale. Elle a aussi captivé la foule pendant quatre minutes, le temps d’incarner la noirceur et la théâtralité de la trame sonore du film Black Swan.

« J’ai dû acquérir de la maturité. Je me suis concentrée pour réussir à garder les pieds sur la glace et pour me sentir forte. Je ne crois pas que j’aurais été en mesure de faire cette chorégraphie aussi bien sans être passée au travers de cette expérience », dit-elle à propos de ses deux années difficiles.

De gauche à droite, Kaetlyn Osmond, Patrick Chan, Kevin Reynolds, Meagan Duhamel, Eric Radford, Kirsten Moore-Towers, Dylan Moscovitch, Tessa Virtue et Scott Moir d’Équipe Canada qui prennent la pose après avoir reçu leur médaille d’argent à l’épreuve par équipes de patinage artistique à Sotchi 2014. (Photo: THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson)

À Sotchi 2014, Kaetlyn était la moins expérimentée de l’équipe qui a mis la main sur la médaille d’argent à la première apparition de l’épreuve par équipes au programme. Huitième à ses premiers championnats du monde l’année précédente, on la voyait comme une étoile montante du patinage artistique canadien. Mais la blessure à la cheville est survenue, une bête accident à l’entraînement alors qu’elle a fait une manœuvre pour éviter quelqu’un sur la glace. Même si elle a repris la compétition à la saison 2015-2016, tout n’a pas été facile et elle a manqué de se qualifier pour les Championnats du monde.

Tout le potentiel qu’elle miroitait s’est finalement manifesté lors de la saison dernière qui fut couronnée d’une médaille d’argent aux Championnats du monde.

Kaetlyn Osmond réagit après son programme libre aux Championnats du monde à Helsinki en Finlande. Le vendredi 21 mars 2017. (AP Photo/Ivan Sekretarev)

Son programme court au son d’Édith Piaf a été sa pierre angulaire, en 2016 comme aujourd’hui. La chorégraphie sur la musique de Black Swan qu’elle voulait présenter aux juges et aux partisans n’avait été vue à ce jour que par l’entraîneur Ravi Walia.

« Elle n’a pas eu de mauvais programme long, ils ont toujours été relativement bons. Mais elle avait de la misère à se mettre dans un état où elle serait en mesure de patiner un programme solide qui lui serait nécessaire pour atteindre ce niveau, affirme Ravi avec fierté. J’ai toujours cru qu’elle pouvait le faire et je le croyais ici aussi. »

Le triple boucle a donné du fil à retordre à Kaetlyn lors de ses trois derniers programmes courts, même si Ravi croit qu’il s’agit de son triple saut le plus solide. C’est le saut qui lui manquait à Sotchi 2014 et elle ne l’a appris qu’après sa blessure.

Pour l’entraîneur comme pour l’athlète, atterrir cette boucle a été le moment tournant de sa performance qui lui permit de mettre la main sur la médaille de bronze.

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Kaetlyn Osmond patine durant la finale de patinage artistique à PyeongChang 2018. (Photo: Vincent Ethier/COC)

« Pour une raison que j’ignore, elle a eu beaucoup du mal avec ce saut dans cette routine tout au long de la saison. Même avec une entrée de jeu réussie, elle avait des ennuis avec ce saut. Une fois qu’elle l’a fait, je savais que le résultat serait bon ».

« Quand je l’ai réussi, j’ai en quelle que sorte sauté de joie dans ma tête. J’allais entamer ce saut et il n’était pas question que je commette une faute. J’étais prête et je l’ai eu », dit Kaetlyn.

Après cette brève célébration, son entraînement a repris le dessus.

« En tournant pour attaquer mon flip je me suis dit : “O.K. reste concentrée et fais-le”. Je suis restée dans ma zone. Me connaissant, j’aurais pu commettre une erreur en fin de programme sur un axel, alors je voulais rester concentrée pour garder mes pieds sur la glace. »

Quand sa musique s’est tue, Kaetlyn est passé de sa pose finale pour se retrouver sur les genoux, gardant cette position un long moment pour savourer chaque seconde des émotions qu’elle vivait.

Kaetlyn Osmond termine en troisième place en finale de patinage artistique à PyeongChang 2018. (Photo: Vincent Ethier/COC)

« Ce programme a une grande signification pour moi. Je suis emballée depuis le moment où nous avons choisi la trame sonore et entamé l’élaboration de la chorégraphie. Ça me tracasse depuis le début d’être incapable de faire un programme parfait et de montrer à tous à quel point j’aime cette chorégraphie. J’ai donc apprécié chaque moment de la fin de mon programme. »

Pour la patineuse terre-neuvienne, déménagée à Montréal, puis à Edmonton pour s’entraîner, les Jeux olympiques n’ont pas été un rêve de longue date comme ce l’est pour bien des athlètes. Se tenir sur un podium olympique est un exploit auquel elle a n’avait jamais aspiré.

« Je me souviens d’avoir vu Joannie Rochette en 2010 lorsqu’elle avait atteint le podium. Je trouvais ça incroyable et je ne pensais jamais pouvoir en faire autant. Évidemment, j’étais abasourdie de me rendre aux Jeux quatre ans plus tard et de terminer 13e. Quand j’ai su que j’étais 3e, je me suis souvenu de cette réflexion que j’ai eue de ne jamais pouvoir faire comme Joanie, et ça m’a vraiment rendue heureuse. »