Il a fallu 46,66 secondes pour qu’Alex Gough passe de la déception à l’euphorie.

Mardi soir, à PyeongChang, la quadruple olympienne âgée de 30 ans, qui poursuit des études en génie civil, est devenue la première médaillée olympique du Canada en luge.

Alex Gough, d’Équipe Canada réagit en apprenant qu’elle a remporté la médaille de bronze en luge simple féminine à PyeongChang 2018. Photo : COC/David Jackson

Alex Gough, d’Équipe Canada réagit en apprenant qu’elle a remporté la médaille de bronze en luge simple féminine à PyeongChang 2018. Photo : COC/David Jackson

Même si elle était en position de remporter une médaille pendant les trois premières rondes de la compétition, après sa quatrième et dernière descente, Alex n’avait plus le contrôle sur sa destinée. Heureusement pour elle, et pour le Canada, la chance était finalement du côté canadien aux Jeux olympiques.

« Je suis passée de la déception à l’euphorie totale », de raconter une Alex soulagée, après avoir décroché la médaille olympique. Après le passage d’Alex, deux autres lugeuses devaient dévaler la piste à leur tour, donc pour s’assurer d’une médaille, elle devait franchir la ligne d’arrivée au premier rang sous peine de se voir écartée du podium.

Toutefois, l’Allemande Dajana Eitberger a réalisé la quatrième descente la plus rapide de la compétition, et Alex – qui est passée après elle – n’a pas pu la rattraper (même si elle n’a pas traîné, ayant réalisé le troisième chrono le plus rapide de la ronde finale). Dajana était assurée de gagner au moins la médaille de bronze, et Alex n’aurait pu rien faire d’autre que regarder.

Alex Gough du Canada s’arrête à la zone d’arrivée après sa troisième descente, lors de la finale de l’épreuve féminine de luge aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang 2018, en Corée du Sud, le mardi 13 février 2018. (AP Photo/Andy Wong)

« Pour la quatrième descente, j’étais derrière Dajana et avec deux autres concurrentes à passer après moi, je me voyais obtenir une quatrième place. »

La déception apportée par une quatrième place est un sentiment que Gough ne connaît que trop bien. À Sotchi 2014, elle l’a expérimenté deux fois, premièrement à l’épreuve féminine, et plus tard au relais par équipe. Entre les deux, elle a également vu ses coéquipiers terminer au quatrième rang en double masculin. La luge canadienne compte assez de quatrièmes places pour remplir toute une vie.

Pour assombrir les perspectives d’Alex, mardi soir, les deux dernières luges qui auraient pu l’écarter du podium appartenaient à deux athlètes allemandes qui ont toutes les deux été médaillées d’or olympiques à des éditions précédentes des Jeux. La luge est un sport dominé par l’Allemagne, et les étoiles allemandes se préparaient, comme d’habitude, à balayer le podium.

Alex Gough, d’Équipe Canada pose avec Natalie Geinsenberger (à gauche) et Dajana Eitberger (au centre) après avoir remporté le bronze en luge simple féminine au Centre de glisse d’Alpensia, à PyeongChang, en Corée du Sud, le mardi 13 février 2018. Il s’agit de la première médaille de l’histoire remportée par Équipe Canada en luge olympique. Photo/David Jackson

« Les gars étaient plus confiants que moi », raconte Alex. Les membres de l’équipe tricotée serrée du Canada se motivent toujours les uns et les autres, et ils étaient avec elle lorsqu’elle attendait. Un d’entre eux est Sam Edney, qui vient tout juste de conclure sa carrière avec une sixième place, soit un record canadien aux Jeux olympiques, et qui a été présent dans l’équipe de luge pour les bons, comme pour les mauvais moments à travers quatre Jeux olympiques et de nombreuses compétitions de la Coupe du monde et des Championnats du monde.

« Sam n’a pas arrêté de me dire : “T’es bonne, t’es bonne”. J’ai la tête dans les nuages en ce moment. »

Lorsque Tatjana Huefner a pris le départ sur la piste pour sa dernière descente, la championne du monde en titre, médaillée d’or olympique à Vancouver 2010 et médaillée d’argent à Sotchi 2014 aurait pu littéralement mettre fin aux chances de médaille d’Alex. Après Huefner, c’était au tour de la championne olympique en titre, Natalie Geisenberger, de qui on pourrait dire qu’elle a automatiquement sa place sur le podium dans cette discipline.

« Si vous m’aviez regardée, vous auriez pu me voir tourner la tête en disant : “Et ça recommence” », a admis Gough.

Alex Gough, du Canada participe à la deuxième ronde de l’épreuve féminine de luge simple aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang 2018, en Corée du Sud, le lundi 12 février 2018. LA PRESSE CANADIENNE/Nathan Denette

Mais la malchance de la luge canadienne a finalement connu un répit lorsque Huefner, malgré un départ fulgurant, a inscrit un temps de 46,66 secondes pour prendre la troisième place, ce qui était plus lent que les 46,574 secondes d’Alex, qui ont permis à cette dernière de rester en deuxième position, et d’assurer la place du Canada sur le podium même s’il ne restait qu’une lugeuse à passer.

Comme il fallait s’y attendre, Natalie Geisenberger, 30 ans, en a fait assez pour enlever l’or avec un temps combiné pour les quatre descentes de 3 : 05,232 secondes. Eitberger, la lugeuse de 27 ans qui semble prête à remplacer Geisenberger si cette dernière se retire dans quatre ans, a accusé un retard de 0,367 seconde par rapport à Geisenberger, tandis que le temps combiné d’Alex, 3 : 05,644, lui a valu la troisième place avec une avance de 0,069 seconde devant la légendaire Huefner.

« C’était vraiment énorme de voir les choses tourner en ma faveur pour que je mette la main sur la médaille de bronze », a déclaré Alex au cours d’une conférence de presse qui a suivi la course.

Elle a sa manière à elle d’empêcher l’Allemagne de balayer le podium, et c’est ce qu’elle a fait une fois de plus, lorsque cela comptait le plus.

Alex Gough, d’Équipe Canada, célèbre la médaille de bronze qu’elle a remportée à l’épreuve simple de luge féminine, au Centre de glisse d’Alpensia, à PyeongChang, en Corée du Sud, le mardi 13 février 2018. C’est la première médaille de l’histoire d’Équipe Canada en luge aux Jeux olympiques. Photo/David Jackson

« C’est la raison pour laquelle je suis venue ici. Je n’ai pas abandonné. J’ai élaboré ce qui d’après moi, était une bonne descente. Cela s’est révélé payant à la fin… Je pense que mes descentes étaient très solides. »

Chacune des descentes de Gough faisait partie des quatre plus rapides de chaque ronde. Elle a fait preuve d’une constance remarquable. À part Huefner, elle a également battu Erin Hamlin des États-Unis, qui, il y a quatre ans, avait écarté Gough du podium pour devenir la première athlète de l’extérieur de l’Europe à gagner une médaille olympique en luge.

En fait, Gough n’était pas la seule Canadienne à terminer devant Hamlin. Tout comme à Sotchi, Kimberley McRae a terminé au cinquième rang, démontrant un degré de constance sur la scène mondiale qui pourrait faire de cette athlète de 25 ans une aspirante à une médaille olympique dans quatre ans, particulièrement si des compétitrices comme Geisenberger, Huefner et Gough – toutes dans la trentaine – raccrochent leur traîneau.

Alex Gough, à PyeongChang 2018, le 12 février après sa deuxième descente en luge simple féminine (PC).

Si les résultats olympiques de McRae viendront peut-être un autre jour, mardi, en Corée, la soirée était celle de la reine de la luge canadienne, qui pendant des années, a porté le sport sur ses épaules avec des performances exceptionnelles, y compris deux médailles de bronze aux Championnats du monde, et qui portait encore le poids émotionnel de sa performance à Sotchi où elle a terminé au pied du podium.

« C’est le point culminant de tout ce travail acharné, qui en fin de compte a porté des fruits. Cela représente quatre années où j’ai poussé la machine, m’étant engagée à prendre part à une autre édition des Jeux, et cette médaille, c’est ma récompense. »

Et Alex est la première à reconnaître qu’elle n’a pas réalisé cet exploit historique seule.

« Nous avons de la famille, des amis et des gens qui nous soutiennent ici avec nous. Toute ma famille est là. Je suis tellement heureuse de les avoir avec moi et d’avoir leur soutien, c’est quelque chose que je ne peux pas décrire. Sans eux, je ne serais pas là. »